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Dans le morceau

Armand Hammer

The Gods Must Be Crazy

We Buy Diabetic Test Strips · September 26, 2023

13 passagesProd. El-PGenius ↗

Le morceau en quelques mots

billy woods et E L U C I D se répondent par images brèves plutôt que par un récit. woods part de son enfance en Afrique australe et se moque du regard charitable de l'Occident ; E L U C I D parle d'exil et de vie intérieure. Tout se rejoint dans une fin de monde vue par des chasseurs qui ne comprennent pas ce qui leur tombe dessus.

À savoir avant. Le titre reprend celui du film « Les dieux sont tombés sur la tête » : des Bushmen du Kalahari trouvent une bouteille de Coca tombée d'un avion, la prennent pour un cadeau des dieux, et elle sème la discorde. billy woods a passé une partie de son enfance au Zimbabwe.

Les fils à suivre

  • L'Afrique vue d'ailleurs. Le pays d'enfance de billy woods, puis l'Afrique telle que l'Occident la filme et la chante.
  • Ce qui tombe du ciel. Comme la bouteille du film, des choses tombent d'en haut : drogue, avions, ciel entier.
  • Voir plus loin, devenir fou. Les deux rappeurs voient des signes partout, entre don de voyance et folie.
  • Refusé à l'entrée. Papiers, argent, tenue : il y a toujours une porte où l'on ne passe pas.

À l’écoute

Une instru d'El-P qui refuse de marcher droitvers 1

Le producteur ici, c'est El-P (la moitié de Run the Jewels). Pendant les couplets, les basses sont lourdes mais rien ne marque le temps de façon régulière : tu ne peux pas hocher la tête tranquillement. Ça colle au texte, qui empile des images comme des flashs, sans fil à suivre.

L'intro trompeusevers 1

Les vingt premières secondes ont un rythme très net, assez vif (autour de 108 battements par minute). Puis, pile quand billy woods ouvre la bouche, cet appui se dérobe. Tu crois entrer dans un morceau carré, et le sol s'en va.

Le rythme revient pour le refrainvers 22

Vers la fin du couplet de woods, une pulsation régulière s'installe enfin, plus lente et plus pesante. C'est là que tombe le refrain d'ELUCID, deux phrases toutes simples : il sonne comme un verdict, parce que c'est le seul moment où tout se pose.

Rechute dans le flou, pour le plus long passagevers 26

Dès que le couplet d'ELUCID démarre vraiment, le rythme régulier s'efface de nouveau, et ça dure presque une minute et demie, jusqu'au bout du grand couplet de woods. Ses visions de fin du monde défilent sans rien pour te rattraper : l'impression de déséquilibre dont il parle, tu la sens dans le corps.

La fin : le son se retire, un seul motvers 62

Au dernier refrain, le volume baisse et la pulsation lente revient, toute seule, comme une machine qui continue de tourner. Puis un mot sec, isolé, clôt le morceau. Après tout ce chaos, ce calme froid fait l'effet d'une porte qui se ferme.

Vers 1 à 5

woods ouvre sur le Zimbabwe de son enfance

billy woods pose le décor de son enfance : le pays sous ses deux noms, puis le cinéma et la voiture. Et il finit par une blague noire sur son seul invité.

Zimbabwe, Rhodésie

Zimbabwe, Rhodesia

C'est le même pays : Rhodésie était son nom sous le pouvoir blanc.

Henry Kissinger est le seul invité de mon album

Henry Kissinger my album's only feature

Par humour noir, il annonce que ses nouvelles seront mauvaises, sans doute.

Kissinger, chef de la diplomatie américaine, reste associé aux coups tordus des États-Unis à l'étranger, y compris en Afrique australe.

Vers 6 à 10

E L U C I D erre sans papiers ni dieu

E L U C I D prend la suite avec des papiers de fortune, puis un chez-soi hostile. Ensuite il ne reste ni dieu, ni mémoire, seulement un esprit qui erre.

Des visas photocopiés, un passeport mondial

Xeroxed visas, a world passport

Ce sont des papiers de fortune, de ceux qu'aucune frontière ne prend au sérieux.

Vers 11 à 16

Il embrasse un monstre sous les étoiles

Il passe à une scène d'amour aux allures de fin des temps : la bête et la prostituée, puis un baiser sous les étoiles, et une épouse monstrueuse. Il finit sur un être éteint avant même d'avoir vécu.

La bête contre la prostituée, au jardin

Beast vs. harlot at the garden

La bête et la prostituée viennent de l'Apocalypse, le jardin rappelle l'Éden : la fin et le début de la Bible ensemble.

Vers 17 à 22

woods se moque de la charité occidentale

woods revient et s'invente, pour rire, une carrière dans les grands concerts de charité. Puis il part au bout du monde, et retombe sur des femmes blanches qui chantent Beyoncé.

« Les Africains les plus heureux » : c'est comme ça que j'ouvrais mon couplet pour le concert Live Aid (en 85)

The happiest Africans, how I started my verse for Live Aid (85)

Il s'imagine au grand concert contre la famine, avec un couplet qui gâche l'ambiance.

Live Aid montrait une Afrique qui meurt de faim ; le film du titre, lui, montrait des Bushmen joyeux et naïfs.

J'ai répété pour « We Are the World », et on m'a coupé pour mettre Chris Hayes (complètement défoncé)

Rehearsed for "We Are The World" and got cut for Chris Hayes (Super high)

Même dans son histoire inventée, on l'écarte du disque de charité.

« We Are the World » est le tube caritatif des stars américaines pour l'Afrique. Chris Hayes est sans doute le journaliste télé, placé là pour l'absurde.

Vers 23 à 24

Le refrain refuse l'argent

E L U C I D lance le refrain : une porte se ferme.

Ton argent ne vaut rien ici

Your money's no good here

La phrase a deux sens : « c'est offert », ou « on ne veut pas de toi ».

Vers 25 à 29

E L U C I D sent venir bienfaits et malheurs

E L U C I D parle de sa mémoire des gens, qui va et vient. Puis il se dit partout, là où tombent les bienfaits comme les malheurs, et conclut que la fin tient en peu de mots.

La fin est une histoire en six lettres

The end is a six letter story

Il n'y a rien à ajouter : « la fin », et c'est tout.

En anglais, « la fin » s'écrit en six lettres ; en français aussi, joli hasard.

Vers 30 à 35

Il s'en va, toujours tenu en suspect

Il dit au revoir à quelqu'un, laisse à manger, et s'en va la tête claire. Puis vient la colère : il faut encore s'habiller pour ne pas être suspect.

Pourquoi je dois encore m'habiller en fonction d'un crime de pensée ?

Why I still gotta dress for a thought crime?

On le juge coupable d'avance, et il doit soigner sa tenue pour rassurer.

Le crime de pensée vient du roman « 1984 » : être puni pour ce qu'on a dans la tête.

Vers 36 à 40

Il voit avec un quatrième œil

Il se donne des yeux en plus, puis une naissance comptée en jours. Un repas simple le pose un instant, et il repart en vrille.

Euh, je regarde par mon troisième et mon quatrième œil

Uh, looking out my third and my fourth eye

Le troisième œil voit l'invisible ; lui en a un de plus.

Il compte : troisième, quatrième, puis le cinquième jour au vers suivant.

Vers 41 à 45

woods voit la cocaïne tomber du ciel

woods reprend avec la drogue : la cocaïne paie, et elle tombe du ciel. Puis viennent l'avion qui ne se pose pas, la CIA et les révolutionnaires, et tout se recoupe.

De la coke tombée du ciel, des cailloux gros comme ta main

Coke out the sky, rocks big as your hand

La bouteille de Coca du film devient de la cocaïne qui tombe des avions.

En anglais, le même mot désigne le Coca et la cocaïne.

Vers 46 à 49

Une bagarre tourne mal, l'esprit se fend

Une bagarre de rue : l'arme tombe, quelqu'un peut y laisser sa peau. Puis le mot « fendu » passe du crâne à l'esprit, qui se met à voir des motifs partout.

Tu prends deux balles dans la tête à vouloir lancer les affaires

Get head-head tapped-tapped tryna get it cracking

À l'oreille : « tête » et « tiré » sont dits deux fois chacun, comme les deux coups.

Vers 50 à 54

Les voyants d'hier sont les fous d'aujourd'hui

woods compare les époques : autrefois ceux qui voyaient étaient des devins, maintenant ce sont des fous dans le métro. Alors il remonte aux cavernes et à leurs dessins, jusqu'aux Bushmen.

Un langage cru, des pipes gravées en hiéroglyphes sur des tablettes

Crude language, dick suck glyphs on tablets

Les graffitis obscènes du métro valent bien les dessins des cavernes.

Le mot « tablettes » fait aussi penser à nos écrans : la grossièreté n'a pas changé de support.

Vers 55 à 60

La mort naît, et on l'y invite

La fin du monde arrive vue d'en bas : le ciel tombe, des géants sortent de la jungle, des vaisseaux passent. Puis la mort devient un enfant qui naît, et on est invité à la fête.

Elle titube sur ses jambes mal assurées. Mon gars, tu es invité au baptême

It totters on unsteady legs, boy, you invited to the christening

La mort est née, elle fait ses premiers pas, et tout le monde est convié.

Vers 61 à 63

Le refrain revient, puis la carte est refusée

Après la naissance de la mort, la même phrase sonne comme un verdict : rien ne s'achète plus. Un dernier mot tombe, celui de la carte refusée.

Refusé

Declined

C'est le mot qu'affiche le terminal quand la carte ne passe pas.

Au fond

Le morceau retourne le film du titre : ce qui tombe du ciel sur les pauvres n'est plus une bouteille de Coca mais de la drogue, des complots et pour finir la mort elle-même. Sa force vient du regard renversé, celui des Bushmen et des fous du métro, qui voient ce que les autres ne veulent pas voir. Le drive-in du début et le « refusé » de la fin se répondent : on reste spectateur, devant une porte fermée.

Ce qui reste ouvert

Vers 19 : « Bouday », un nom que je ne situe pas. Vers 34 : ne pas trahir les siens, ou conseil de tenue. Vers 40 : épreuves traversées, ou enfermement.

Seuls de courts extraits sont cités ici, pour l’analyse. Paroles complètes sur Genius ↗