
Dans le morceau
Boldy James
Mommy Dearest (A Eulogy)
Manger on McNichols · July 22, 2020
7 passagesProd. Sterling TolesGenius ↗
Le morceau en quelques mots
Boldy James s'adresse à sa mère : il raconte l'enfant abandonné qu'il a été, la pauvreté à Detroit, et comment tout ça l'a mené à vendre de la drogue. Le refrain reprend des vers terribles de Notorious B.I.G. : « ma mère aurait préféré avorter ». C'est un morceau très sombre et très personnel, où la frime de dealer cache mal une blessure d'enfant.
À savoir avant. Le sous-titre « A Eulogy » veut dire « éloge funèbre », et « Mommie Dearest » est aussi le titre d'un livre et d'un film célèbres aux États-Unis sur une mère maltraitante. Le refrain reprend « Suicidal Thoughts » de Notorious B.I.G. (1994). À la fin, on entend un extrait d'émission où Boldy explique lui-même d'où vient le morceau.
À l’écoute
Le refrain qui cale sur le mot « avortement »vers 46
Boldy reprend une phrase de Biggie (« Suicidal Thoughts ») mais sa voix bute et répète « wish she got a… » sans finir. Tu entends le mot qui ne sort pas : c'est plus dur que s'il le disait. Il ne le lâchera qu'à la toute fin.
Des vrais musiciens, pas une bouclevers 1
Sterling Toles a fait jouer saxophone, flûte, trombone, violoncelle, basse, batterie et un chœur autour de la voix. Ça donne une couleur jazz, mouvante, loin du rap carré : la musique a l'air de flotter autour de lui comme un souvenir.
La batterie qui lâche le tempsvers 22
Après une intro très basse où le rythme est net, le son monte d'un coup et la pulsation s'efface. Sur une grande partie du morceau, rien ne marque vraiment le temps : Boldy rappe presque à découvert, d'une traite, et c'est là qu'il raconte l'enfance, l'attente sous la pluie, sans filet.
Le premier refrain coupé netvers 21
La phrase s'arrête en plein milieu, le volume retombe et les basses se retirent. Puis elles reviennent plus grosses, avec un autre fond musical : on change de décor pour entrer dans les souvenirs d'enfance.
Une interview glissée dans le morceauvers 63
La musique continue mais ce n'est plus du rap : on entend Boldy parler et un animateur expliquer que ce titre était introuvable. Le morceau commente sa propre histoire, puis le refrain revient, cette fois complet, et la dernière phrase est coupée avant le mot « revenu ».
7 passages
Suivre le morceau ↓L'enfant sans mère devenu un dur
Boldy ouvre sur un vieux chant d'esclaves, puis enchaîne tout de suite sur des menaces armées. Il colle des comptines d'enfant à des images de fusillade : c'est le gamin et le tueur dans la même bouche. À la fin, la famille réapparaît : les femmes de sa vie s'inquiètent, lui continue à dealer et se dit sans cœur.
Parfois je me sens comme un enfant sans mère
Sometimes I feel like a motherless child
C'est le premier vers d'un negro spiritual très connu, chanté depuis l'époque de l'esclavage, quand on séparait les enfants de leurs mères.
Repris ici d'après la version soul d'O.V. Wright.
Avant de te retrouver dans la ligne de tir, à essayer de tricher
'Fore you in the line of fire, tryna renege
« Renege » : au jeu de cartes Spades, très populaire chez les Noirs américains, c'est ne pas fournir la couleur demandée alors qu'on l'a en main.
C'est aussi « revenir sur sa parole ».
Refrain : elle ne m'aime plus comme avant
Le premier vers vient de Biggie. Boldy y ajoute sa propre histoire : sa mère préfère le petit frère ou la petite sœur. Puis la voix bascule : c'est la mère qui se demande si son fils l'aime, et lui qui répond.
Parce qu'elle m'aime même plus comme quand j'étais petit
'Cause she don't even love me like she did when I was younger
Vers repris de « Suicidal Thoughts » de Notorious B.I.G., morceau où le rappeur annonce son suicide au téléphone.
Les parents qui disparaissent, l'attente sous la pluie
C'est le cœur du morceau. Les enfants demandent à chaque parent où est passé l'autre, puis le père annonce que la mère ne reviendra pas. Boldy se revoit attendre sur le perron une visite qui n'arrive jamais. Il finit sur une promesse d'enfant qu'il n'a pas tenue : ne jamais vendre de drogue.
Est-ce que tout était vraiment si simple à l'époque ?
Can it be that it was all so simple then?
Phrase de « The Way We Were », chanson de Barbra Streisand, rendue célèbre dans le rap par le Wu-Tang Clan (« Can It Be All So Simple »).
Ici c'est amer : son enfance n'avait rien de simple.
Qu'un coup de froid au crâne qui te brise le cœur et te retourne la tête
Than a heartbreakin', mind-bogglin' brain freezer
« Brain freeze » : la douleur vive qu'on a au front quand on avale une glace trop vite.
Image d'enfant, encore, qui prolonge le « freezing » du perron.
Refrain : le mot qu'il n'arrive pas à dire
Le refrain revient, puis Boldy enchaîne avec la suite du couplet de Biggie, presque mot pour mot. Mais au moment de dire « avortement », il bute et répète le début de la phrase. Le mot ne sortira qu'à la toute fin du morceau.
Quand je tétais son sein juste pour calmer ma putain de faim
Suckin' on her breast just to stop my fuckin' hunger
Suite directe des vers de Biggie dans « Suicidal Thoughts ».
Je sais que ma mère aurait voulu se faire—aurait voulu se faire—aurait voulu se faire
I know my mother wish she got a—wish she got a—wish she got a
Chez Biggie, la phrase finit par « a fuckin' abortion » (un putain d'avortement).
Boldy s'arrête juste avant, trois fois.
Lettre à maman : le Noël volé et l'argent de la drogue
Il parle directement à sa mère et lui demande de comprendre pourquoi il deale. Il raconte un Noël où les cadeaux ont été volés, dans une maison à la fenêtre cassée. Puis il retourne une vieille expression sur la misère pour montrer qu'aujourd'hui il a de l'argent à ne plus savoir qu'en faire.
Chère, chère maman chérie, je crève d'envie de vivre alors je sors toujours armé
Dear, dear Mommy dearest, I'm dying to live so I stay strapped
« Mommie Dearest » est le titre d'un livre et d'un film sur l'actrice Joan Crawford, décrite par sa fille comme une mère cruelle.
L'expression est devenue un surnom ironique pour une mauvaise mère.
T'as essayé de me tuer, je suis mort et je suis revenu
You tried to kill me, I died and I came back
Le texte ne dit pas comment.
Avec le refrain, on peut y entendre l'avortement qu'elle aurait voulu : il a survécu à ça. L'image de résurrection colle aussi à l'album, qui joue sur la crèche et la naissance.
L'extrait d'émission : pourquoi ce morceau est resté caché
On sort du rap. Un journaliste interroge Boldy sur une chanson que sa mère a trouvée déprimante, et Boldy cite justement celle-ci. Un narrateur précise qu'à l'époque le morceau était introuvable. Boldy explique que plus il était personnel, plus sa musique devenait noire, et qu'on lui a demandé de s'amuser un peu.
Est-ce qu'il y a une de tes chansons en particulier dont tu te souviens
Was there any particular song of yours you remember
C'est le journaliste qui parle.
Par « elle », il désigne visiblement la mère de Boldy.
J'ai repris, euh, le morceau de Biggie où il dit, tu vois
I referenced, uh, Biggie's song where he said, you know
Ici c'est Boldy James qui répond.
Le mot sort enfin
Après l'explication, le refrain revient une dernière fois, et cette fois Boldy va jusqu'au bout de la phrase de Biggie. Le morceau se coupe au milieu du vers sur sa résurrection : on n'entend pas « je suis revenu ».
Je sais que ma mère aurait voulu un putain d'avortement
I know my mother wish she got a fuckin' abortion
Le mot retenu au vers 46 est enfin prononcé.
T'as essayé de me tuer, je suis mort, et je suis—
You tried to kill me, I died, and I came—
Reprise du vers 48, coupée net avant « revenu ».
Ce qui reste ouvert
Le vers 35 est grammaticalement bancal et l'identité de « James » (sans doute son père) est une déduction ; le sens exact de « tu as essayé de me tuer » n'est pas précisé par le texte.
Seuls de courts extraits sont cités ici, pour l’analyse. Paroles complètes sur Genius ↗