
Le morceau en quelques mots
Common ouvre son album par une déclaration d'intention : il veut être libre, simplement « être ». En un seul couplet, il passe de ses modèles disparus à sa mère, à Chicago, à sa fille, à son grand-père et à son père, pour finir sur une idée simple : vivre au présent. Le texte est dense mais court, et sa force vient autant de la montée de la musique que de cette dernière phrase qui donne son titre au disque.
À savoir avant. Common vient de Chicago, ville connue pour ses hivers glacials et sa violence de rue. L'album sort en 2005, sous la présidence de George W. Bush, en pleine guerre d'Irak. Le dernier mot du morceau, « be » (« être »), est le titre de l'album.
À l’écoute
Une ouverture presque à nu : une contrebasse seulevers 1
Pendant les seize premières secondes, le volume est très bas, il n'y a aucune batterie, seulement des graves lourds. Les crédits indiquent une contrebasse acoustique jouée par Derrick Hodge : on peut y entendre l'instrument qui ouvre l'album tout seul, comme un musicien qui s'accorde avant le concert.
Le morceau s'ouvre d'un coupvers 8
À 0:16, le volume monte franchement : tout l'instrumental arrive en une fois après le calme du début. C'est l'effet d'un rideau qui se lève, et il donne de l'élan à ce texte qui parle de liberté et de renaissance. La mesure place cette bascule vers le vers 8, mais ce repère est approximatif : à l'oreille, tu la sentiras tôt dans le morceau.
La production de Kanye West, couleur soul
Kanye West signe l'instrumentale et s'appuie sur un sample de « Mother Nature » d'Albert Jones, un morceau de soul. S'y ajoutent de vrais musiciens : James Poyser aux claviers, Derrick Hodge à la contrebasse. Cela donne un son chaud, joué à la main, à l'opposé d'un rap froid et mécanique : l'album annonce sa couleur dès la première piste.
Un seul couplet, sans refrainvers 3
Common rappe d'une traite, du vers 3 au vers 26, sans refrain ni invité. Le rythme reste discret derrière lui, la batterie ne cogne pas : c'est la voix qui porte tout, et le texte s'écoute comme une déclaration d'intention, presque un poème dit à voix haute.
La fin qui se videvers 26
À 2:14, juste après le dernier mot, « be », les basses se retirent et le volume retombe. Il reste une pulsation régulière, tranquille, autour de 92 battements par minute. Le morceau ne se termine pas sur un coup d'éclat : il s'efface doucement, à l'image de ce dernier vers qui dit juste vouloir exister.
5 passages
Suivre le morceau ↓Il s'installe
Deux mots lâchés pendant que la musique monte. Rien à comprendre de plus : il prend sa place avant de parler.
Libre comme les morts qu'il admire
Common dit ce qu'il cherche : la liberté de ceux qui sont partis, de grands noms de la culture noire américaine. De la mort naît quelque chose de neuf, et il rapporte ensuite ce qu'il a dit à sa mère : le vrai combat se passe à l'intérieur de soi.
Je parle de Malcolm, de Coltrane, de mon pote Yusef
I'm talking Malcolm, Coltrane, my man Yusef
Malcolm X, leader noir assassiné en 1965.
John Coltrane, saxophoniste de jazz mort en 1967. Yusef est appelé « my man », donc un proche : c'est probablement un ami disparu de Common, mais le texte ne dit pas lequel.
De la mort est née la conception, un souffle neuf, une résurrection
Through death grew conception, new breath and resurrection
« Conception » comme la conception d'un enfant : la mort des uns donne naissance à autre chose.
Le vocabulaire est religieux, celui de la résurrection chrétienne.
Chicago et l'état du pays
Il revient à sa ville, puis élargit. Les images s'enchaînent vite : les gens obsédés par l'argent à gagner, les jeunes défoncés qui veulent tous rapper, un président qui ment, des tueurs transformés en légendes. Mis bout à bout, cela donne le portrait d'une époque qui a perdu le nord.
Mais j'écris beaucoup de vies, elles sont couchées sur ces lignes
But I write many lives, they lay on these lines
Il ne raconte pas que la sienne : dans l'album, plusieurs morceaux racontent l'histoire de personnages.
On agite les signes des temps, beaucoup disent qu'ils ne pensent qu'à charbonner
Wavin' signs of the times, many say the grind's on the mind
« Signs of the times » est une expression biblique : les signes qui annoncent la fin d'une époque.
« The grind », c'est le boulot quotidien pour s'en sortir, légal ou non.
Sa fille comme espoir
Le ton change. Au lieu d'attendre un sauveur venu d'en haut, il regarde sa fille et comprend que le changement passera par elle. C'est le cœur tendre du morceau.
Le Messie reviendra peut-être même à travers elle
The Messiah might even return through her
Le Messie, c'est le sauveur attendu par les juifs et, pour les chrétiens, Jésus qui doit revenir.
Common imagine ce retour sous les traits d'une petite fille.
La famille, la ville, et juste être
Après sa fille, il remonte les générations : le grand-père qui rêvait de luxe, le père poursuivi par ses démons. Puis il se présente comme l'enfant de Chicago, parti faire le tour du monde pour revenir chez lui. La conclusion tient en une phrase : ni le passé ni l'avenir, le présent.
Des fourrures et une Mercedes, c'est ce que Papy voulait
Furs and a Benz, Gramps wantin' 'em
« Benz » : Mercedes-Benz.
Avec le manteau de fourrure, c'est l'image classique de la réussite affichée dans les quartiers noirs des années 70.
Ce qui reste ouvert
L'identité de Yusef (vers 4) n'est pas précisée par le texte : sans doute un proche disparu, mais je ne peux pas l'affirmer.
Seuls de courts extraits sont cités ici, pour l’analyse. Paroles complètes sur Genius ↗