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Dans le morceau

Denzel Curry

GONE FISHING

ii · August 21, 2026

5 passagesProd. Kenny BeatsGenius ↗

Le morceau en quelques mots

Denzel Curry ouvre l'album en se vantant : il rappe mieux que les autres, il est là depuis ses seize ans, et maintenant il veut surtout être payé. À ceux qui trouvent qu'il ne fait plus de tubes, il répond qu'il s'en fiche et qu'il « part à la pêche ». Le texte est une suite de vannes et de jeux de mots plus qu'une histoire : le plaisir vient de l'aisance, de la vitesse et de l'insolence.

À savoir avant. Denzel Curry vient de Carol City, dans le comté de Miami-Dade, en Floride. « Gone fishing » (« parti à la pêche ») est l'écriteau qu'on accroche à la porte d'une boutique fermée : en anglais, ça veut dire « je ne suis pas là, débrouillez-vous sans moi ». Le disque est la suite d'UNLOCKED, déjà fait avec le producteur Kenny Beats.

À l’écoute

L'entrée du morceau : tout se lance sur « Gone fishing »vers 3

Les deux premières phrases sont parlées, en retrait, comme une vieille voix de pub pour un cachet contre le mal de tête. Au vers 3, le volume monte d'un coup et les basses lourdes arrivent : le titre du morceau sert de coup d'envoi, et c'est aussi l'ouverture de l'album.

Kenny Beats et un sample de Raymond Scott

Kenny Beats signe la production, comme sur le premier UNLOCKED. Il part d'un morceau de Raymond Scott, « Don't Beat Your Wife Every Night » : un compositeur américain d'un autre âge, ce qui donne au morceau une couleur de vieil enregistrement détourné, raccord avec les voix de films et de réclames collées autour du rap.

Un rythme qui ne se pose presque jamaisvers 30

Sur la plus grande partie du morceau, les mesures ne trouvent pas de battement régulier, alors que les basses sont lourdes. À l'oreille, ça donne un sol qui bouge : c'est la voix de Denzel Curry qui tient le temps, pas la batterie. Un battement plus net ne se dessine que vers la fin du second couplet, à partir du vers 30.

Les deux couplets finissent sur la même phrasevers 38

Chaque couplet déroule ses piques sans refrain, puis retombe sur « I'm goin' fishing » (vers 19 et 38). C'est le seul point de repère du morceau : après l'avalanche de mots, cette phrase tombe comme une porte qu'on claque en partant. Au vers 38, une voix parlée lui pose la question juste avant, et il répond par-dessus.

La sortie : les basses s'en vont, il reste des voix de filmvers 40

Vers 1:51, les basses se retirent et le volume retombe, comme au début. Deux répliques parlées ferment le morceau ; d'après une annotation de fans, elles viendraient du film Gone Fishin' de 1997. Le morceau se referme ainsi comme il s'est ouvert, en deux minutes à peine, sur un petit collage sonore.

Vers 1 à 3

Un vieux bout de dialogue et l'écriteau « parti à la pêche »

Avant le rap, on entend une voix enregistrée, sans doute tirée d'un vieux film ou d'une vieille pub : quelqu'un se plaint d'un mal de tête qui ne passe pas. Puis le titre tombe. On peut y entendre l'annonce du ton : il y a de quoi avoir mal au crâne, donc il s'en va.

Faut croire que l'aspirine tamponnée ne suffit pas

I guess buffered aspirin is not enough

« Buffered aspirin » : une aspirine adoucie pour l'estomac, un mot de vieilles publicités américaines.

C'est une voix enregistrée, pas Denzel ; je n'en connais pas la source.

(Ouais) Parti à la pêche

(Yeah) Gone fishing

« Gone fishing » : la formule de l'écriteau sur une porte close.

Elle veut dire « je me suis absenté, ne comptez pas sur moi ».

Vers 4 à 19

Trop fort pour le grand public, mais il veut l'argent

Denzel se présente : ses textes ne sont pas faits pour tout le monde, mais il cogne. Il enchaîne les comparaisons (Hemingway, Mike Tyson) et rappelle qu'il est dans le coup depuis l'adolescence, dans un quartier où les armes étaient réelles. Puis il retourne tout : être « le meilleur » ne l'intéresse plus s'il reste fauché. Et si on trouve que ses morceaux ne marchent plus, il s'en va.

Mais j'ai des instrus qui font la queue pour se faire botter le cul

But I got beats lined up to get they ass kicked

Les « beats » sont les instrumentaux.

Il les imagine alignés comme des adversaires qu'il va démolir un par un.

Rappeur de Dade, mais j'ai jamais joué au rappeur

A Dade rapper, but I never been on rap shit

Dade, c'est le comté de Miami, d'où il vient.

« Rap shit » désigne ici les poses et les embrouilles du milieu, pas la musique.

Vers 20 à 22

Pause : il fait arrêter la musique

Un petit intermède sans contenu. Il répète qu'il part, puis demande de couper ou de reprendre à un endroit précis, comme on parle à l'ingénieur en studio.

Vers 23 à 38

Portrait d'un minable et retour à la pêche

Denzel s'en prend à un rival sans nom : un parasite, un imposteur, un raté. Les images défilent sans lien (un film de bobsleigh, une chambre à gaz, un gorille, le basket) et servent toutes la même idée : toi tu es faible, moi je suis dangereux et je gagne de l'argent. À la fin, le rival n'est plus qu'un supporter aigri dans les tribunes pendant que Denzel plie le match.

Le genre à te voler tes mégots de joint quand ton pote a fini de fumer

Type to steal your roaches when your homie's done smokin'

« Roach » : le bout de joint qui reste.

Voler ça, c'est le sommet du parasite.

Ça vaut presque rien, je les laisse trempés de pisse et tout gonflés

Hardly amount to nothin', I leave 'em pissy and puffy

Comprendre : il leur fait si peur qu'ils se pissent dessus, et il les laisse le visage enflé par les coups.

Vers 39 à 41

La chute : trois jours de pêche… ou viré ?

Deux répliques enregistrées concluent. La première promet trois jours à ne faire que pêcher. La seconde casse l'ambiance : en fait, il s'est fait virer. On peut y entendre de l'autodérision : celui qui prétend partir de lui-même a peut-être été mis dehors.

(Pendant trois jours, vous ne ferez rien d'autre que pêcher)

(For three days, you'll be doing nothing, but fishing)

D'après des fans, l'extrait vient de Gone Fishin', comédie américaine de 1997 ; je n'ai pas pu le vérifier.

Ce qui reste ouvert

L'origine des voix enregistrées (intro et fin) n'est pas confirmée, et le vers 29 sur le « suffixe » reste d'interprétation incertaine.

Seuls de courts extraits sont cités ici, pour l’analyse. Paroles complètes sur Genius ↗