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Dans le morceau

Dr. Dre

Still D.R.E.

2001 · October 13, 1999

8 passagesProd. Dr. Dre, Mel-Man, Scott StorchGenius ↗

Le morceau en quelques mots

Dr. Dre revient après sept ans sans album solo et répond à ceux qui le disent fini : rien n'a changé, il fume toujours, il se méfie toujours de la police, il fait toujours les meilleurs sons et il reste attaché à la rue. Le texte est simple et tourne autour d'un seul mot, « still » (toujours, encore). La vraie force du morceau, c'est la petite phrase de piano obsédante, le calme de Dre et le refrain traînant de Snoop Dogg.

À savoir avant. Dr. Dre, producteur de Compton (banlieue de Los Angeles), a fait partie de N.W.A puis sorti en 1992 The Chronic, album fondateur du rap californien ; ensuite il a quitté le label Death Row et s'est fait rare. « Still D.R.E. » est le premier single de son retour en 1999, avec Snoop Dogg, son complice historique. Détail savoureux : le texte, hymne de la côte Ouest, a été entièrement écrit par Jay-Z, rappeur de New York.

À l’écoute

Le piano de Scott Storch

C'est lui qui fait le morceau : quelques notes sèches, répétées sans arrêt, qu'on reconnaît en deux secondes. Storch est crédité aux claviers, et cette boucle ne lâche jamais, ce qui colle au mot « still » (« toujours ») martelé partout dans le texte.

Une entrée en trois marchesvers 10

Au début, presque rien : volume très bas, aucune batterie qui marque le temps, Snoop parle par-dessus. Au vers 5 le rythme s'installe, puis au vers 10 tout arrive à plein volume avec des basses lourdes : on a l'impression que Dre pousse la porte et rentre chez lui.

Les basses, pensées pour la voiturevers 12

À partir du premier couplet les basses sont lourdes et ne bougent plus jusqu'à la fin. Dre dit justement qu'on entend la basse sortir de son camion quand il passe dans le quartier : le son fait ce que le texte raconte.

Un rythme lent et qui ne change jamais

Autour de 92 battements par minute, soit un pas tranquille, et aucune cassure pendant plus de quatre minutes. Cette régularité donne le côté balade en voiture, sûr de soi, sans se presser : exactement le message de quelqu'un qui dit n'avoir rien changé.

Snoop Dogg en contrepointvers 17

Dre rappe droit et carré, Snoop glisse par-dessus avec sa voix traînante : il ouvre le morceau, porte le refrain, lance des petites réponses entre les vers et ferme en parlant. Au vers 17, il reprend une phrase venue de « Serial Killa », un titre de son premier album, clin d'œil à leur passé commun.

Vers 1 à 8

On est toujours là

Snoop Dogg ouvre le morceau en annonçant le retour du duo. Tout tourne déjà autour du mot « still », qui veut dire à la fois « toujours, encore » et « calme, immobile ». Dre confirme d'un mot et prend le micro.

Ouais mec, on est toujours dans vos pattes

Yeah, nigga, we're still fuckin' wit' you

« Fuckin' with you » : on ne vous lâche pas, on continue à vous chercher.

« Nigga », ici et dans tout le morceau, est une façon familière de dire « mec » entre Noirs américains.

Méfiez-vous de l'eau qui dort

Still waters run deep

Proverbe anglais : « les eaux calmes sont profondes ».

Jeu sur « still », qui veut dire « calme » dans le proverbe et « toujours » dans le reste du morceau : Dre a été discret, pas absent.

Vers 9 à 24

« Dre est fini ? » Mon dernier album, c'était The Chronic

Dre répond à ceux qui disent qu'il a perdu la main. Son argument est sec : son dernier disque est un classique. Puis il fait la liste de tout ce qui n'a pas bougé chez lui : l'herbe, les instrus, la méfiance envers la police, la tenue de la rue californienne.

C'est toujours le Dre Day, mec, la kalach, mec

It's still Dre Day nigga, AK nigga

« Dre Day » est le titre d'un de ses tubes de 1992 sur The Chronic.

« AK » désigne l'AK-47, la kalachnikov, arme fétiche de l'imagerie gangsta.

Comment ça ? Mec, mon dernier album c'était The Chronic

How? Nigga, my last album was The Chronic (Nigga)

The Chronic (1992) est considéré comme un des plus grands albums de rap.

Dre dit : je n'ai rien raté, puisque je n'ai rien sorti depuis ce classique.

Vers 25 à 32

Refrain : pour les gangsters du monde entier

Snoop chante le refrain de sa voix traînante, Dre le ponctue. C'est la carte postale du morceau : la balade en voiture surbaissée dans les rues de Los Angeles, et un producteur qui prend son temps pour que le son soit parfait.

(Toujours) À prendre les virages en lowrider, ma belle

(Still) Hittin' them corners in them low-lows, girl

« Low-lows » : les lowriders, voitures américaines surbaissées, souvent équipées de vérins qui les font rebondir.

Symbole de Los Angeles.

Je prends toujours mon temps pour peaufiner l'instru

Still takin' my time to perfect the beat

Dre est connu pour son perfectionnisme en studio, d'où ses longues années entre deux albums.

Vers 33 à 48

Sept ans résumés : des pertes, Eminem, et le travail

Dre fait le point sur ses années d'absence : des amis perdus, les retrouvailles avec Snoop, la découverte d'Eminem. Il raconte qu'il a failli tomber mais s'est relevé, puis décrit sa routine : fumer, dormir, composer. Il finit par un portrait rapide de Los Angeles, avec ses fusillades et ses bouchons.

Depuis la dernière fois que vous avez eu de mes nouvelles, j'ai perdu des amis

Since the last time you heard from me I lost some friends

Le texte ne nomme personne.

On peut penser à Eazy-E, son ancien partenaire de N.W.A, mort en 1995, et à Tupac, tué en 1996.

Mais bon, Snoop et moi, on roule de nouveau ensemble

Well, hell, me and Snoop, we dippin' again

« Dippin' » : se balader en voiture, à la californienne.

Les deux hommes n'avaient plus vraiment travaillé ensemble depuis le départ de Dre de Death Row.

Vers 49 à 56

Refrain

Snoop reprend le refrain à l'identique, deux fois. La phrase de piano ne s'arrête jamais, et c'est elle qui fait tenir le morceau.

Vers 57 à 72

L'as est de retour, et il veut que les jeunes s'en sortent

Dre présente l'album comme un nouveau classique à écouter posé. Il remet ses rivaux à leur place, puis change de ton : il dit qu'il aime voir les jeunes Noirs gagner de l'argent, sortir leur mère du quartier, donner du travail aux copains. C'est le passage le plus généreux du texte, avant une dernière ligne qui rappelle qu'il n'oublie pas sa part.

C'est rien d'autre que du lourd en plus

It ain't nothin' but more hot shit

La tournure rappelle le titre de son tube de 1992, « Nuthin' but a 'G' Thang ».

Que tu te poses au coin de la rue avec ta meuf stylée (Biatch)

Whether you're coolin' on the corner wit' your fly bitch (Biatch)

« Biatch » est la façon typique de Snoop de prononcer « bitch », en étirant le mot.

Vers 73 à 84

Refrain final, trois fois

Le refrain revient trois fois de suite, sans rien de nouveau dans les mots. À ce stade, le morceau roule tout seul sur son piano et sur la voix de Snoop.

Vers 85 à 93

Snoop conclut en vantant l'herbe

Snoop parle seul sur la fin, détendu et rigolard. Il date le morceau par une petite devinette, puis invite à fumer de l'herbe de première qualité. C'est aussi un rappel du titre The Chronic, qui est un nom d'argot du cannabis fort.

De retour direct pour vous botter le cul

Right back up in your mothafuckin' ass

Formule que Dre lançait déjà en 1995 dans son morceau « Keep Their Heads Ringin' ».

95 plus quatre centimes, fais le calcul

9-5 plus four pennies, add that shit up

95 + 4 = 99, l'année de sortie.

Une façon joueuse de dire 1999.

Seuls de courts extraits sont cités ici, pour l’analyse. Paroles complètes sur Genius ↗