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Dans le morceau

Earl Sweatshirt

Chum

Doris · November 2, 2012

5 passagesProd. randomblackdude, Christian RichGenius ↗

Le morceau en quelques mots

Earl Sweatshirt, 18 ans, raconte sans tricher ce qui l'a abîmé : un père parti quand il avait six ans, une adolescence qui dérape, puis le retour compliqué d'un pensionnat aux Samoa où sa mère l'avait envoyé. C'est un morceau de confession, dit d'une voix basse et fatiguée, sur un piano triste. Sa force tient à ça : un gamin très doué pour les mots qui, pour une fois, dit simplement qu'il a mal.

À savoir avant. Earl s'est fait connaître à 16 ans avec le collectif Odd Future de Tyler, The Creator, grâce à des textes ultra-violents. Sa mère l'a alors envoyé dans un internat aux Samoa ; pendant son absence, les fans et la presse ont mené une vraie chasse pour le retrouver. Son père, Keorapetse Kgositsile, était un grand poète sud-africain, reparti dans son pays quand Earl était petit. « Chum » veut dire « pote », mais aussi l'appât sanglant qu'on jette aux requins.

À l’écoute

Un rythme qui flotte pendant tout le rapvers 11

Pendant près de trois minutes, les mesures ne trouvent aucun battement vraiment régulier : le morceau avance sans marteler, comme le pendule lent dont parle le refrain. Du coup la voix d'Earl porte tout, et sa confession sur son père arrive sans rien pour la couvrir.

Le refrain, puis la voix qui réclame le son plus fortvers 9

Le refrain revient trois fois à l'identique, comme une idée fixe. Juste après, on entend quelqu'un demander le son plus fort dans son casque : d'après une lecture relayée sur Genius, c'est l'un des deux frères de Christian Rich, enregistré en cabine pendant une ébauche de refrain. Ce bout de studio laissé tel quel donne l'impression d'être dans la pièce avec eux.

La bascule finale, sans paroles

Vers 2:42, le son se retire quelques secondes, puis à 2:54 il revient plein, avec des basses beaucoup plus lourdes et, pour la première fois, un battement net et lent (autour de 81 à la minute). Earl a fini de parler : c'est la musique qui prend le relais, comme si le morceau trouvait enfin son pas une fois le texte vidé.

La trompette de Chad Hugo et la sortie en fondu

Les crédits donnent Chad Hugo, des Neptunes, à la trompette, et la notice Genius lui attribue le motif de la fin. À partir de 3:42 le volume retombe par paliers jusqu'à presque rien : le morceau ne se conclut pas, il s'éloigne, ce qui va bien avec un texte qui s'arrête sur l'envie de tout lâcher.

Deux producteurs, dont Earl lui-même

« randomblackdude » est le pseudonyme de producteur d'Earl : il signe l'instrumentale avec le duo Christian Rich. On peut y entendre une raison de cette sobriété : il s'est fabriqué un décor où rien ne le distrait de ce qu'il a à dire.

Vers 1 à 10

Refrain : une bande qui rôde, un gamin qui se relève

Le refrain pose l'ambiance : quelque chose de louche, un temps qui passe lentement, une bande qui traverse la ville en douce. Puis Earl se montre à terre, en train de se relever et de se nettoyer la tête. Les deux derniers vers sont une voix de studio qui demande plus de son dans le casque, gardée telle quelle.

Le pendule se balance lentement, un dégénéré avance

The pendulum swinging slow, a degenerate moving

Le pendule, c'est le temps qui passe au ralenti, mais aussi le balancement entre deux états : le bon élève et le voyou, le bien et le mal.

Le « dégénéré », c'est lui.

À travers la ville, avec la discrétion des criminels

Through the city with criminals stealth

Les « criminels » sont très probablement ses amis d'Odd Future, la bande de skateurs et rappeurs avec qui il traînait à Los Angeles.

Vers 11 à 27

Couplet 1 : le père absent, l'ado qui déraille

Earl dit enfin ce qu'il cachait : il prétendait détester son père, mais il lui manque comme quand il avait six ans. À seize ans il est vide, il boit trop, sa mère essaie de recoller les morceaux et il repart. Il trouve en Tyler un grand frère, mais reste coincé entre deux mondes : trop noir pour les uns, trop blanc pour les autres, bon élève devenu voleur de vélos.

Ça doit bien faire douze ans que mon père est parti

It's probably been 12 years since my father left

Son père, le poète sud-africain Keorapetse Kgositsile, est retourné en Afrique du Sud quand Earl avait six ans.

Earl en a dix-huit quand il écrit.

Et moi je disais que je le détestais, en fausse blague

And I just used to say I hate him in dishonest jest

Une plaisanterie « malhonnête » : il faisait le malin pour ne pas avouer ce qu'il ressentait.

Vers 28 à 37

Refrain

Le refrain revient à l'identique. Après le couplet, on comprend mieux le gamin à terre qui se relève et se dépoussière la tête.

Vers 38 à 54

Couplet 2 : les années Odd Future, puis la presse qui le traque

D'abord un film en accéléré des débuts : la bande, les fêtes saccagées, les fringues de skate, l'herbe. Puis le ton change. Earl s'en prend à ceux qui l'ont retrouvé aux Samoa pour se faire mousser : un ancien camarade d'internat et le magazine Complex. Résultat : sa relation avec sa mère est pire qu'avant, et une semaine après son retour il a déjà envie de tout arrêter.

Accéléré, des rimes en rafale, le cœur comme un puits sans fond

Time-lapse, bars rhymin', heart's bottomless pit

« Time-lapse » : comme un film en accéléré, il fait défiler ses souvenirs.

On traînait en meute, comme Havoc et Prodigy en 96

Was mobbin' deep as '96 Havoc and Prodigy did

Havoc et Prodigy forment le duo new-yorkais Mobb Deep, au sommet en 1996.

« Mobbin' deep » veut dire traîner à beaucoup, en bande : le nom du groupe est caché dans l'expression.

Vers 55 à 64

Refrain final

Dernier passage du refrain. Rien n'est résolu : il se relève encore, il continue. Le morceau se termine ensuite sur une longue partie instrumentale.

Ce qui reste ouvert

Quelques vers restent ouverts à plusieurs lectures (les « souris dans le piège », les « glaçons », l'entrée dans les appartements « par les articles ») : j'ai donné la plus probable, sans certitude.

Seuls de courts extraits sont cités ici, pour l’analyse. Paroles complètes sur Genius ↗