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Dans le morceau

JAŸ-Z

Niggas in Paris

Watch the Throne · September 13, 2011

8 passagesProd. Kanye West, Hit-Boy, MIKE DEAN, Anthony KilhofferGenius ↗

Le morceau en quelques mots

Deux rappeurs devenus immensément riches font la fête à Paris et se vantent sans retenue : palaces, champagne, montres, mannequins. Derrière la frime, Jay-Z glisse une idée plus sérieuse : vu d'où ils viennent, ils devraient être en prison, pas ici, alors ils en profitent. Les paroles sont surtout des punchlines et des slogans ; la force du morceau, c'est son énergie, sa boucle entêtante et la joie évidente des deux hommes.

À savoir avant. Jay-Z (surnommé Hov) et Kanye West (surnommé Ye) forment ici le duo « The Throne ». Le fil du morceau est le verbe « ball » : jouer au basket, mais aussi, en argot, mener la grande vie et flamber. Tout le texte joue sur ce double sens, avec beaucoup de références au basket américain. Le mot « niggas » du titre est le terme que les Noirs américains emploient entre eux, quelque chose comme « mes gars ».

À l’écoute

« Ball so hard » répété partoutvers 6

Cette petite phrase revient entre les vers comme un écho, presque toutes les deux lignes. D'après un témoignage repris sur Genius, l'idée de la coller sur tout le morceau est venue en studio ; c'est elle qui te reste dans la tête, même sans comprendre un mot.

Les répliques de filmvers 53

La voix qui ouvre le morceau n'est pas un rappeur : c'est Will Ferrell dans la comédie « Blades of Glory » (2007). Plus loin, le dialogue avec Jon Heder (« personne ne sait ce que ça veut dire, mais c'est provocant ») arrive juste après la phrase la plus absurde de Kanye : le morceau se moque de lui-même, et ça relance la salle.

Le débit haché de Jay-Zvers 10

Jay-Z pose des phrases très courtes, coupées net, avec des rimes qui claquent en fin de ligne. Ça donne une impression de décontraction totale : il parle d'argent et de chance d'être là comme s'il haussait les épaules.

Le jeu de questions-réponses de Kanyevers 40

Kanye dit une phrase, une voix la répète entre parenthèses, puis il répond. On dirait une conversation de table saisie au vol, et c'est ce va-et-vient qui rend le passage drôle à l'oreille.

La fin qui change de visagevers 59

Les paroles marquent une dernière partie à part : fini les blagues, les deux voix répètent la même phrase comme un avertissement. Le texte se réduit à une formule martelée, et le morceau se termine sur une tension plutôt que sur la fête.

Vers 1 à 2

Une réplique de film pour lancer la fête

Le morceau s'ouvre sur une voix tirée d'une comédie américaine, puis sur la phrase qui va revenir sans arrêt. Le ton est donné : on est là pour s'amuser.

On va patiner sur une seule chanson, une seule et unique

We're gonna skate to one song, one song only

Réplique du film « Blades of Glory » (2007), une comédie avec Will Ferrell sur le patinage artistique.

Clin d'œil comique, et façon de dire : voilà LA chanson.

Je flambe tellement que ces enfoirés veulent me coller une amende

Ball so hard, motherfuckers wanna fine me

« Ball » veut dire jouer au basket et mener la grande vie.

En NBA, la ligue de basket américaine, les joueurs qui dépassent les bornes reçoivent des amendes : il vit si fort qu'on voudrait le sanctionner.

Vers 3 à 15

Jay-Z : l'argent ne me fait plus rien

Jay-Z explique que rien ne l'atteint : une amende de 50 000 dollars est une somme ridicule pour lui, et son équipe de basket peut bien perdre tous ses matchs. Puis il glisse l'idée centrale : des gars comme eux n'étaient pas censés arriver là. Il termine en se comparant aux trois « Michael » les plus célèbres d'Amérique.

Mais d'abord faudrait qu'ils me trouvent

But first niggas gotta find me

Jeu de sons entre « fine me » (me mettre une amende) et « find me » (me trouver).

Il est introuvable, quelque part à Paris.

C'est quoi, cinquante mille dollars, pour un mec comme moi ? Vous pouvez me rappeler ?

What's fifty grand to a motherfucker like me? Can you please remind me?

« Grand » = mille dollars.

On raconte que Jay-Z avait reçu une amende de ce montant de la NBA pour être entré dans un vestiaire de joueurs ; je ne peux pas le garantir. L'idée : la somme est si petite pour lui qu'il a oublié ce qu'elle représente.

Vers 16 à 31

Montres, palace, champagne : on a échappé à la prison

Jay-Z étale son luxe : des montres si couvertes de diamants qu'on ne lit plus l'heure, un palace parisien, du champagne renversé sur ses baskets. Au milieu, la phrase la plus sérieuse du morceau : il devrait être en prison, et quiconque aurait échappé à ça ferait la fête aussi. Il finit en parlant de Kanye et de son projet de ramener son équipe de basket chez lui, à Brooklyn.

Des Rolex qui ne font pas tic-tac

Rollies that don't tick-tock

« Rollies » = montres Rolex.

Leur trotteuse glisse au lieu de sauter : pas de tic-tac, signe d'une vraie.

Des Audemars qui retardent

Audemars that's losing time

Audemars Piguet, horloger suisse de très grand luxe.

« Losing time » : la montre perd du temps, mais on peut aussi entendre que lui perd la notion du temps à force de faire la fête.

Vers 32 à 35

Refrain : « c'est dingue »

Le refrain tient en deux phrases répétées. Ce n'est pas du texte à analyser, c'est un slogan fait pour être crié en concert.

C'est ouf, c'est ouf, c'est ouf

That shit cray, that shit cray, that shit cray

« Cray » est « crazy » raccourci.

Le mot est devenu une expression à la mode aux États-Unis grâce à ce morceau.

Vers 36 à 43

Kanye et la fille qui n'a pas les codes

Kanye raconte une soirée avec une fille éblouie par son monde. Elle rêve d'un mariage au centre commercial, commande du poisson pané, s'extasie sur sa voiture. Lui la traite de haut, de façon franchement vulgaire, et lui rappelle sa chance d'être là. Jay-Z fait l'écho entre parenthèses.

Elle m'a dit : « Ye, on peut se marier au centre commercial ? »

She said, "Ye, can we get married at the mall?"

Le centre commercial, c'est le luxe de quelqu'un qui n'a jamais connu mieux.

Elle se voit déjà mariée avec lui.

J'ai dit : « Écoute, faut ramper avant de flamber »

I said, "Look, you need to crawl 'fore you ball"

Détourne le proverbe « il faut ramper avant de marcher ».

« Crawl / ball » : elle n'a pas encore le niveau, et « ramper » prépare le sous-entendu sexuel qui suit.

Vers 44 à 52

Blagues en rafale : la France, le prince William, les marques

Kanye enchaîne les vannes sans vrai lien entre elles. Il joue sur une expression anglaise qui parle du français, se moque du mariage princier anglais, puis remplace les mots de salutation par des noms de marques de luxe. Il conclut sur ses amis déchaînés à Paris.

Une fille snob, je lui prends la main

Bougie girl, grab her hand

« Bougie » vient de « bourgeoise » : une fille qui se donne des airs.

Pardon pour mon français, mais je suis en France, haha, je dis ça comme ça

Excuse my French, but I'm in France, haha, I'm just sayin'

« Excuse my French » est l'expression anglaise pour s'excuser d'un gros mot.

Ici c'est pris au pied de la lettre : il est en France. Des fans entendent aussi « Seine » dans « sayin' ».

Vers 53 à 58

« Personne ne sait ce que ça veut dire »

Nouveau dialogue tiré du film « Blades of Glory ». Placé juste après le vers sur les gorilles, il sert d'autodérision : les deux rappeurs admettent en riant que leurs paroles ne veulent pas forcément dire grand-chose, mais que ça marche. Puis le refrain revient.

Je sais même pas ce que ça veut dire

I don't even know what that means

Voix de l'acteur Jon Heder dans le film.

Personne ne sait ce que ça veut dire, mais c'est provocant

No one knows what it means, but it's provocative

Réponse de Will Ferrell.

On peut y entendre le commentaire du morceau sur lui-même.

Vers 59 à 78

Final : ne me laissez pas entrer dans ma zone

Le morceau change d'ambiance et les deux voix se mêlent. Kanye répète un avertissement : s'il atteint son état de concentration totale, personne ne pourra l'arrêter. Quelques vantardises au passage, puis l'aveu final : il y est déjà.

Me laissez pas entrer dans ma zone

Don't let me get in my zone

« Être dans sa zone », expression venue du sport : l'état où tout réussit sans effort.

Menace amusée : s'il y entre, ça va faire mal.

Me laissez pas entrer dans ma zone

Don't let me into my zone

Ce qui reste ouvert

L'origine exacte de l'amende de 50 000 dollars (vers 5) et le sens précis du vers 13 restent incertains.

Seuls de courts extraits sont cités ici, pour l’analyse. Paroles complètes sur Genius ↗