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Dans le morceau

JID

Stars

The Forever Story · August 26, 2022

15 passagesProd. BADBADNOTGOOD, Christo, Eric JonesGenius ↗

Le morceau en quelques mots

JID se revoit fauché, logé chez sa copine, sûr qu'il percerait un jour, puis il regarde ce que la célébrité fait aux gens une fois qu'on y est. Dans la seconde partie, son invité Yasiin Bey reprend la même idée en images serrées, moins un récit qu'une suite de tableaux sur le luxe qui casse le dos.

À savoir avant. JID rappe la première partie, Yasiin Bey (l'ancien Mos Def, grand nom du rap new-yorkais) le couplet de la seconde. Le titre joue sur « stars » : les étoiles du ciel et les vedettes.

Les fils à suivre

  • Percer comme artiste. JID raconte ses années fauchées, où il n'avait que sa volonté et la promesse d'y arriver.
  • Les étoiles, les vraies et les fausses. Le mot étoile dit à la fois le ciel à atteindre, les vedettes et le clinquant qui trompe.
  • Le luxe qui enchaîne. Les bijoux, le pouvoir et le tapis rouge abîment ceux qui les portent au lieu de les libérer.
  • Rester vrai. Ils demandent qui fait ça pour l'art, et qui le fait pour l'image.

À l’écoute

Le morceau change de peau pour Yasiin Beyvers 56

Après une petite annonce parlée (« […] »), une nouvelle instrumentale arrive : plus forte, basses lourdes, et pour la première fois un rythme bien net, lent, autour de 81 battements par minute. Tout ce qui flottait jusque-là se met à marcher au pas, et c'est sur ce sol ferme que l'ancien, Yasiin Bey (ex-Mos Def), vient démonter le rêve de gloire que JID racontait.

Un refrain qui se videvers 20

À chaque refrain, les basses se retirent et le volume retombe. JID y parle d'une route longue, froide, qui fait peur : la musique le laisse presque seul à ce moment-là, et la question « seras-tu là ? » résonne dans le vide.

Une première partie sans vrai battementvers 2

Le morceau commence très bas, presque sans rythme, puis les basses entrent d'un coup quand JID attaque. Mais même là, la batterie reste discrète, parfois absente : on a l'impression de flotter, ce qui va bien à un texte où il rêve d'atteindre les étoiles sans avoir encore décollé.

« […] » répété, avec une voix en échovers 11

JID martèle la phrase en boucle et une seconde voix glisse derrière « et je suis sensible sur mes affaires ». C'est un clin d'œil à Erykah Badu (intro de « Tyrone ») : à l'oreille, ça sonne comme une prière un peu drôle, celle du gars fauché qui se convainc lui-même.

Le « attends » qui casse l'élanvers 45

Dans le deuxième couplet, JID enchaîne les noms et les images de réussite, puis il se coupe lui-même : « […] ». Juste après, le ton change, il ne raconte plus, il pose des questions : es-tu là pour l'art ou pour l'image ?

Vers 1 à 2

JID prend la parole

JID s'échauffe la voix et demande qu'on l'écoute.

Vers 3 à 9

Fauché, il demande à sa copine d'y croire

JID parle à sa copine du temps où il n'avait rien. Il lui demande de croire en lui et de l'héberger, puis il promet la réussite pour deux et des cadeaux de luxe.

Coucher avec un fauché ? Chérie, la journée a été longue

Broke nigga dick? Baby, had a long day

Il se moque de lui-même : un amant sans le sou, et en plus crevé le soir.

Vers 10 à 19

Il jure d'arriver jusqu'aux étoiles

JID répète qu'il est un artiste et qu'il ne faut pas jouer avec lui. Puis il dit son acharnement, la course contre le temps, et l'image arrive : monter jusqu'aux étoiles, en vaisseau ou en fusée.

Il faut juste que j'atteigne les étoiles, en vaisseau ou en fusée

I just gotta make it to the stars, a spaceship or a rocket

Il veut réussir, peu importe le moyen de transport.

Les étoiles sont ici le ciel et la célébrité à la fois : tout le morceau joue là-dessus.

Vers 20 à 24

Le refrain demande : seras-tu là ?

Le refrain dit le prix du chemin : une tête lourde, une route longue et froide. Mais il ne sent plus rien, il est prêt, et il demande si elle sera là.

C'est lourd de garder la tête haute et de s'en rendre compte

Heavy way to hold the head and notice

Tenir bon lui pèse, et il le voit bien, sans doute.

Vers 25 à 34

La célébrité monte à la tête

JID se tourne vers quelqu'un qui a voulu fréquenter les vedettes et que ça a détraqué. Il y a les bijoux et les voitures, puis le pouvoir qui monte à la tête, les médicaments, et un entourage qui se tait pour garder sa place.

Tu ne crois même pas en Jésus et tu portes du Christian Dior

You don't even believe in Jesus wearin' Christian Dior

Il lui reproche de n'avoir de chrétien que sa marque de vêtements.

Le prénom du couturier, Christian, veut aussi dire « chrétien » en anglais.

Tu ne te contrôles plus, P-O-U-V-O-I-R

You out of control, P-O-W-E-R

Avec le vers suivant : le pouvoir lui est monté à la tête et abîme maintenant son corps.

Il épelle le mot anglais « power », pouvoir, lettre par lettre. Kanye West a un morceau de ce nom.

Vers 35 à 38

Lui aussi rêvait d'être ses idoles

JID avoue qu'il a eu les mêmes rêves : il voulait être ses idoles du rap, et ses amies voulaient être Beyoncé. Puis il lâche, pour rire, une réplique d'une chanson d'elle.

Avant je voulais être Jay, je voulais être Wayne

I used to wanna be Jay, I used to wanna be Wayne

Avec le vers suivant : il rêvait d'être l'un des quatre grands rappeurs qu'il admirait.

Jay-Z, Lil Wayne, Kanye West et André 3000, du duo OutKast : les modèles de sa génération.

Tu peux payer mes factures de téléphone ?

Can you pay my telephone bills?

La phrase rappelle aussi qu'à l'époque il ne pouvait rien payer.

C'est le refrain de « Bills, Bills, Bills » des Destiny's Child, le groupe de Beyoncé.

Vers 39 à 44

De l'appartement aux étoiles du plafond

JID revient à ses débuts : il cherchait un contrat, travaillait sa technique, volait pour manger. Puis il saute au présent, entouré de stars, et monte dans une voiture au plafond étoilé.

Et je suis monté dans la voiture de Yachty, il a des étoiles au plafond

And I got in Yachty car, he got stars in the ceilin'

Les étoiles qu'il visait sont devenues des petites lumières dans une voiture de luxe.

Lil Yachty est un rappeur d'Atlanta. Certaines voitures de luxe ont un plafond piqué de lumières, comme un ciel.

Vers 45 à 49

Il sépare les étoiles du toc

JID s'arrête net et pose la question du morceau : savoir distinguer les vraies étoiles du toc. Puis il demande si on fait ça pour l'art ou pour l'image.

Il faut savoir distinguer les étoiles des gadgets

Gotta know the difference in the stars and the gimmicks

Tout ce qui brille n'est pas une vraie star.

Tu fais vraiment ça pour l'art ou pour l'image ?

Are you really in it for the arts or the image?

Vers 50 à 54

Le refrain revient, avec un conseil

Le refrain revient, avec un conseil glissé entre les vers : fais confiance à ta vision.

Vers 55 à 56

Une voix annonce la parole des ancêtres

Une autre voix, celle de Tane Runo, annonce la seconde partie comme une page de publicité, puis lance une blague grinçante.

Mec, moi, je les aime bien, ces nouveaux esclaves

Man, I, I like these new slaves

La blague vise les rappeurs couverts d'or, esclaves d'un nouveau genre.

« New Slaves », « nouveaux esclaves », est un morceau de Kanye West sur les Noirs riches enchaînés au luxe.

Vers 57 à 60

La chaîne brille et casse le dos

Yasiin Bey décrit un rappeur couvert de bijoux. La chaîne brille mais elle casse le dos, puis viennent le gobelet de sirop, la démarche avachie et les diamants qui brisent les vertèbres.

Ta chaîne pend, tes bijoux se balancent, ton dos se brise

Your chain hangin', bling swingin', back breakin'

Avec le vers suivant : la chaîne est si lourde qu'elle le déforme, mais elle brille.

Tu glisses, tigre avachi, dragon frimeur, tout en dégaine

Slide, slouchin' tiger, pimpin' dragon on swagger

Il a une allure de fauve, mais d'un fauve vautré.

Détournement du titre du film de sabre « Tigre et Dragon », en anglais « Crouching Tiger, Hidden Dragon ».

Vers 61 à 66

Le palais se révèle être une prison

Yasiin Bey regarde derrière le décor. L'apparence soignée cache un esprit en miettes, puis le palais devient une prison et la liberté un mensonge. Il pose une question sur la race, et une voix le rabroue.

Un djinn ricane à travers le prisme du paradoxe

Jinn sneerin' out the paradox prism

Un mauvais esprit se moque de cette vie pleine de contradictions.

Le djinn est un esprit de la tradition musulmane. Yasiin Bey est musulman.

Ce mot qui nous désigne, est-ce une race ? Et la race, ça existe vraiment ?

As niggas raised specific is race really existin'

Il doute que le mot dont on nomme les Noirs, et l'idée de race, tiennent debout.

Le vers écrit dit plutôt « élevés d'une façon précise ». Les deux s'entendent presque pareil.

Vers 67 à 70

Beaucoup de façade, aucune joie

La même voix lui tend à fumer et à boire. Puis Yasiin Bey enchaîne des mots par paires, les listes, les conquêtes, la façade, et conclut que tout ça est sans joie.

Liste d'envies, liste de cibles, top dix, liste noire, et pas une femme

Wishlist, hitlist, top ten, shit list, bitchless

Leur vie tient en listes : ce qu'ils veulent, qui ils détestent, où ils sont classés.

À l'oreille : cinq mots de suite finissent sur le même son.

Vers 71 à 75

Il regarde le monde et y voit la mort promise

Yasiin Bey élargit au monde. Le fisc vaut les pires groupes armés, puis il glisse vers l'Égypte ancienne, la hausse de l'essence et le climat. Il revient aux durs qui se toisent, et à ce qui les attend.

Rien à voir avec la lignée d'Osiris

No relation to class of Osiris

Ce Daech-là n'a rien de commun avec la noblesse des dieux d'Égypte.

En anglais, Daech se dit ISIS, comme la déesse Isis, sœur et femme du dieu Osiris.

Vers 76 à 79

Yasiin Bey signe et montre la sortie

Yasiin Bey finit en se nommant. Il entre et les autres abandonnent, parce qu'ils sont trop petits face à lui. Puis il donne sa leçon : chercher le jardin, fuir le feu. Une voix compte jusqu'à quatre.

Le lion conquérant sort du menteur ; cherche le jardin, fuis le feu

Conquerin' lion out the liar, seek the garden, flee the fire

Le vrai finit par vaincre le faux ; il faut viser le paradis, pas l'enfer.

Le lion conquérant est une image biblique de la victoire. À l'oreille, « lion » et « menteur » sonnent presque pareil en anglais.

Au fond

Le morceau part d'un rêve tout simple, monter jusqu'aux étoiles, et finit par se méfier de tout ce qui brille. JID raconte la faim et l'arrivée, puis Yasiin Bey montre le revers : des chaînes qui cassent le dos et un palais qui enferme. La fusée du début cède la place à un jardin à chercher.

Ce qui reste ouvert

Vers 27 : un nom que je ne situe pas. Vers 65 : question sur le mot et la race, ou sur une éducation. Vers 73 : les puissants complices, ou image restée fermée.

Seuls de courts extraits sont cités ici, pour l’analyse. Paroles complètes sur Genius ↗