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Dans le morceau

MF DOOM

Rapp Snitch Knishes

MM..FOOD · November 16, 2004

10 passagesProd. Metal FingersGenius ↗

Le morceau en quelques mots

Deux rappeurs se moquent de leurs collègues qui racontent leurs délits dans leurs morceaux et finissent par se balancer eux-mêmes, eux et leur entourage. Ce n'est pas un récit : une suite de piques et de vantardises, toutes tournées vers la même idée, se taire. Le ton est moqueur du début à la fin.

À savoir avant. Mr. Fantastik rappe le refrain et le premier couplet, MF DOOM le second ; dans l'intro et la fin, DOOM répond entre parenthèses. Le titre veut dire « knishes de balances du rap » : le knish est un chausson fourré vendu à New York, et tout l'album joue sur la nourriture. DOOM, masqué, se surnomme « le Méchant ».

Les fils à suivre

  • Les rappeurs qui se dénoncent. À force de raconter leurs crimes, des rappeurs deviennent leur propre témoin à charge.
  • Le vrai contre le faux. Les deux rappeurs se posent en durs authentiques face aux gangsters de façade.
  • La grande gueule. Trop parler coûte cher, et ceux qui parlent le plus sont les plus creux.

À l’écoute

La boucle signée Metal Fingers (DOOM lui-même)vers 1

Metal Fingers, c'est DOOM à la production. Il reprend une de ses propres instrumentales, « Coffin Nails », bâtie sur un sample de la reprise de « Space Oddity » par David Matthews, dont la fiche Genius signale le riff de guitare. La boucle tourne sans presque bouger, à un tempo tranquille (autour de 96), et c'est ce côté nonchalant qui donne au morceau son air de blague racontée entre amis.

Deux voix qui se répondent dans l'introvers 4

Avant même le refrain, Mr. Fantastik se plaint et DOOM lui répond par petits mots glissés entre parenthèses (« It's awful », « Critical »). On a l'impression de surprendre une conversation au coin de la rue : le ton est moqueur, pas menaçant, et ça prépare le sujet, des rappeurs qui se dénoncent tout seuls.

Le refrain répété deux fois de suite, comme une comptinevers 10

Les quatre mêmes vers reviennent en double à chaque refrain, avec la question du tribunal et la réponse « Yeah, I'm right here ». À force de répétition sur une boucle qui ne change pas, ça se retient tout de suite et la moquerie devient un slogan.

Les basses arrivent pendant le couplet de DOOMvers 44

Pendant plus de la moitié du morceau, le son est léger, avec peu de graves. Au tout début du couplet de DOOM, les basses entrent et le morceau prend du poids. Ça tombe au moment où il enchaîne ses rimes les plus serrées, plusieurs sons qui se répondent d'un vers à l'autre : on sent que le patron a pris le micro.

La fin : le fond change, puis tout se dégonflevers 64

Dès que le couplet s'arrête, les notes de fond changent et les deux compères reprennent leur bavardage par-dessus. Puis les basses se retirent, le volume baisse, et il reste un long ricanement de Mr. Fantastik avant la dernière reprise de « Yeah, I'm right here ». Le morceau se termine sur un rire, pas sur une leçon.

Vers 1 à 9

Deux amis se saluent et râlent

Mr. Fantastik et DOOM se saluent, puis Fantastik lance le sujet : les rappeurs qui parlent trop. DOOM approuve par petits mots.

Vers 10 à 17

Le refrain montre le rappeur qui se dénonce

Le refrain pose l'idée du morceau : ces rappeurs racontent tout, donc au tribunal ils témoignent contre eux-mêmes, et ils font tomber tout leur label avec eux.

Assises au tribunal, elles sont leur propre témoin vedette

Sit in the court and be their own star witness

Leurs paroles de rap servent de preuve contre eux.

« Voyez-vous le coupable dans la salle ? » Ouais, je suis là

"Do you see the perpetrator?" Yeah, I'm right here

Le rappeur se désigne lui-même au juge, tout fier.

Vers 18 à 21

Fantastik reste discret et s'enrichit

Mr. Fantastik se présente comme le contraire d'une balance : il reste discret, et pourtant l'argent vient à lui. Puis il montre ses armes.

Je fais profil bas (bas), comme A dans le film Paid in Full

Type profile low (Low), like A in Paid in Full

Il se fait discret, comme un trafiquant de cinéma qui évite de se montrer.

Paid in Full est un film sur des dealers de Harlem ; A est sans doute Ace, le plus prudent des trois.

Vers 22 à 29

Il se vante et écrase les faux durs

Il attaque les lèche-bottes qui l'admirent, puis il aligne ses atouts : son rap, ses femmes, son herbe. Il se dit homme de la rue, fidèle à New York, et se moque des faux gangsters.

Mes meufs ont les plus belles formes, mon herbe est la plus collante

My hoes be the thickest, my dro the stickiest

Une herbe collante est une herbe de très bonne qualité.

Vers 30 à 33

Une balance envoie son ami en prison

Fantastik raconte l'histoire d'une balance. La police débarque, les preuves sont minces, mais l'homme parle, donc son ami part en prison, et il dénonce aussi le Mexicain.

D'après lui, quand les flics ont débarqué

Accordin' to him, when the D's rushed in

Avec le vers suivant : la police avait peu de preuves, et l'écoute avait mal marché.

Ce sont sans doute des inspecteurs en civil, peut-être la brigade des stupéfiants. À l'oreille, ce début de vers reprend le mot « accordéon » qui précède.

Son pote est parti en prison à cause de lui, et le sort l'a encore frappé

Caused his man to go up north, the ball hit 'em again

Son ami a été condamné, puis a pris un deuxième coup, sans doute une autre peine.

« Monter dans le nord », dit le vers : à New York, les prisons d'État sont au nord de la ville.

Vers 34 à 41

Le refrain revient comme une morale

Après l'histoire de l'ami envoyé en prison, le refrain sonne comme sa morale.

Vers 42 à 47

DOOM rappelle les règles et menace

DOOM prend le micro. Il rappelle qu'il y a des règles, puis il se moque de ceux qui crient leurs affaires sur les toits, et il menace : la balance finira par prendre une balle.

Tout le monde veut régner sur le monde, avec des larmes en guise de peur

Everybody wanna rule the world with tears for fear

Tous veulent être les rois, mais ils pleurent au lieu de faire peur.

Il retourne le nom du groupe Tears for Fears et le titre de leur tube, « Everybody Wants to Rule the World ».

Indic, continue comme ça et tu vas te faire tester (Ça traverse)

Informer, keep it up and get tested (Pop through)

Avec le vers suivant : la balance se fera tirer dessus, quelle que soit sa tenue.

Vers 48 à 53

Un arsenal dans le sud, et du luxe

DOOM parle d'un homme qui garde un stock d'armes dans le sud. Puis il passe à l'argent qui fait tourner les affaires, aux belles voitures, à l'herbe et au lin, et il finit sur une menace.

Tellement de chaleur qu'on se serait cru au Moyen-Orient (Moyen-Orient)

So much heat you woulda thought it was the Middle East (Middle East)

Il y a là des armes en quantité.

En argot, la chaleur désigne les armes à feu : le mot fait à la fois le climat et la guerre.

Comme rouler sur des jantes de vingt-trois pouces, pour faire sourire les balances

Like sittin' on twenty threes to get the squealers grinnin'

De très grosses jantes de voiture, qui attirent aussi les mouchards.

Le mot anglais pour balances dit aussi ce qui couine : après la graisse et les roues, l'image continue.

Vers 54 à 57

DOOM gifle le bavard et le croque

DOOM achève le faux dur : pas de cervelle mais une grande bouche, et il s'enfuit à la première gifle. Puis il le fait taire et le mange, d'où le titre.

Là où il n'y a pas de cervelle, mais des mâchoires qui s'agitent

Where no brains but gum flap

Ces gens parlent sans arrêt et sans réfléchir.

Dans Le Magicien d'Oz, l'Épouvantail, ami de l'Homme de fer-blanc, n'a pas de cerveau.

Mmh, délicieux, des knishes à la balance de rap

Mm, delicious, rap snitch knishes

Les balances finissent en farce de chausson : DOOM n'en fait qu'une bouchée.

À l'oreille : en anglais, le nom du chausson sonne presque comme le mot « balances ».

Vers 58 à 66

Fantastik rigole : même ta mère tombera

Mr. Fantastik reprend la discussion du début et répète sa stupeur. Puis il pousse la blague : la balance fera arrêter jusqu'à sa mère, et même sa grand-mère avait ses trafics. Il rit et finit sur l'aveu du refrain.

Tu sais bien que ta grand-mère vendait de l'alcool en douce

You know your grandmama used to be bootleggin'

Même la grand-mère a un passé louche que la balance pourrait faire sortir.

Au fond

Au fond, c'est une leçon dite en riant : un vrai dur se tait, et celui qui raconte ses crimes en musique se livre tout seul, avec ses proches. La force du morceau tient à l'image du rappeur qui lève la main au tribunal. Le dernier vers la reprend, après que DOOM a expliqué le titre en mangeant les balances.

Ce qui reste ouvert

Vers 18 : A est sans doute Ace. Vers 32 : seconde peine, ou autre coup du sort. Vers 48 : « petite bête », un lieu que je ne situe pas.

Seuls de courts extraits sont cités ici, pour l’analyse. Paroles complètes sur Genius ↗