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Dans le morceau

Nas

Doo Rags

The Lost Tapes · December 4, 2001

6 passagesProd. PrecisionGenius ↗

Le morceau en quelques mots

Nas se souvient des années 80 à New York : les voitures, la musique, les coiffures, mais aussi les armes et la police partout. Il voit que les modes de l'époque reviennent chez les jeunes, et que la prison et la misère, elles, ne sont jamais parties. Le morceau passe de la nostalgie à la colère politique, puis à un message de foi adressé aux détenus.

À savoir avant. Le « doo rag » (ou durag) est un foulard noué sur la tête, très porté dans les quartiers noirs américains ; à l'origine il servait à protéger des cheveux défrisés ou à fixer une coiffure. Nas vient de Queensbridge, immense cité HLM du Queens, à New York. Le morceau ouvre The Lost Tapes, une compilation d'inédits enregistrés entre 1998 et 2001.

À l’écoute

L'instrumentale de Precision : douce et un peu triste

Le rythme est posé, tranquille, autour de 92 battements par minute. Les fans sur Genius décrivent une boucle de piano jazzy avec des cordes : cette mélancolie légère colle aux souvenirs des années 80 que Nas déroule, même quand il parle d'armes et de police.

Une entrée à voix basse, puis le morceau s'ouvrevers 3

Les vingt premières secondes sont très discrètes, presque sans basses. Quand Nas attaque le premier couplet, les basses arrivent et le son prend toute sa place : on a l'impression d'une vieille cassette qu'on remet en route.

Le refrain, calme et répété comme une ritournellevers 19

L'instrumentale ne bouge pas entre couplets et refrain : rien n'éclate, tout reste au même niveau. Du coup les bus de prison toujours pleins et « je profite encore de la vie » sont dits sur le même ton tranquille, et c'est ce contraste qui pince.

Les basses se retirent vers la finvers 72

Vers 3:13, les basses s'en vont et le rythme régulier se défait pendant une quinzaine de secondes. Ça tombe autour de la fin du dernier couplet et du retour du refrain : le morceau semble flotter un instant, comme un souvenir qui s'éloigne.

Une sortie en fondu

À 3:29 le rythme revient mais en retrait, puis tout baisse encore dans les dernières secondes. Le morceau ne se termine pas vraiment, il s'efface doucement : ça va bien avec l'idée du « cycle » qui continue.

Vers 1 à 18

Les années 80 vues par un gamin de Queensbridge

Nas colle des souvenirs les uns aux autres : cassettes, coupes de cheveux, voitures, filles, bière bon marché. Au milieu de ces images douces, il glisse les armes, les flics et les coups de rasoir. Le mélange montre une enfance à la fois joyeuse et dangereuse. Il finit par se demander où tout ça est passé, en voyant les petits d'aujourd'hui prendre la relève.

Nas regarde sa jeunesse avec nostalgie et renonce aux défrisants.

Nas looks back nostalgically on his youth and swears off hair straighteners.

Ce n'est pas un vers du morceau : c'est la phrase de présentation du site de paroles, restée collée en tête.

On roulait en décapotable, cassettes de Stacy Lattisaw, les années 80 nous ont tous rendus fous

Pushin' drop-tops, Stacy Lattisaw tapes, the 80's had us all apes

Stacy Lattisaw est une chanteuse R&B très populaire à l'époque.

« Apes » veut dire « singes » : « go ape », c'est devenir dingue. Nas prolonge l'image au vers suivant avec les gorilles.

Vers 19 à 26

Refrain : les modes reviennent, la prison ne part jamais

Nas constate que les vêtements de sa jeunesse sont de nouveau à la mode. Mais il place juste à côté les bus pleins de prisonniers et les gens qui boivent ou fument pour tenir. Le message est simple : le décor tourne en rond, la situation ne change pas. Lui dit qu'il profite quand même du voyage.

Les doo rags sont de retour, les casquettes ajustées, les parkas et les fourrures

The doo rags are back, fitted hats, snorkels, and furs

« Fitted hats » : casquettes de baseball à taille fixe.

« Snorkels » : grosses parkas d'hiver à capuche bordée de fourrure, emblème des rues de New York.

Les bus de Rikers Island sont toujours pleins, quoi de neuf ?

Rikers Island buses still packed, what's the word?

Rikers Island est la grande prison de New York, sur une île.

Les détenus y sont emmenés en bus. « What's the word? » est une façon de demander les nouvelles.

Vers 27 à 43

Qui profite de la guerre et de la misère

Le ton change : Nas accuse. Les politiciens envoient les pauvres à l'armée, les vétérans du Vietnam finissent drogués, la police tue. Puis il saute de ville en ville, New York, Atlanta, Chicago, pour montrer le même tableau partout : drogue et enfants armés. Il termine sur l'argent, cause de tout, et sur l'idée d'un cycle qui recommence avec chaque génération.

Des voyous politiques en costard de requin nous poussent à appuyer sur la détente

Political thugs in shark suits persuade us to pull triggers

« Shark suit » désigne le « sharkskin », un tissu brillant de costume chic.

Nas joue sur le mot : ces hommes sont des requins.

On a perdu la guerre du Vietnam, intoxiqués par des poisons

We lost the Vietnam War, intoxicated poisons

Vers elliptique.

Il parle de l'héroïne, que beaucoup de soldats ont découverte au Vietnam ; on peut aussi y entendre les produits chimiques de guerre, mais le texte ne précise pas.

Vers 44 à 51

Refrain

Le refrain revient après le couplet le plus dur. Les bus de prison toujours pleins sonnent maintenant comme la preuve de ce cycle qu'il vient de décrire.

Vers 52 à 72

L'histoire du foulard, puis un message aux détenus

Nas explique d'où vient le doo rag : on le portait pour protéger des cheveux défrisés, à une époque où on vendait aux Noirs l'idée que leurs cheveux naturels étaient un défaut. Il rappelle que ces styles viennent de la prison, où l'on invente avec rien. Puis il s'adresse directement aux prisonniers : Dieu pardonne, même le pire. Il finit sur lui-même, abîmé par l'alcool et l'herbe, mais toujours debout et insoumis.

Les mecs se mettaient un chiffon sur les cheveux quand ils étaient cramés au défrisant

Niggas used to wear rags on their hair when it was fried up

« Fried » (frit) désigne les cheveux lissés avec des produits chimiques agressifs, qui brûlaient le cuir chevelu.

Le foulard protégeait la coiffure.

C'est là qu'on nous a menti, quand on achetait des produits capillaires

That's when we were lied to, buyin' hair products

Le mensonge : faire croire que des cheveux lisses, comme ceux des Blancs, valaient mieux que les cheveux crépus.

Vers 73 à 80

Refrain final

Dernier retour du refrain. Après le troisième couplet, le doo rag n'est plus seulement une mode : c'est un objet chargé d'histoire, entre la honte d'hier et la fierté d'aujourd'hui.

Ce qui reste ouvert

Quelques vers du deuxième couplet sont volontairement elliptiques (les « poisons » du Vietnam, les « double-revolvers », le lien entre Shell et la prison) : les lectures proposées sont les plus probables, pas des certitudes.

Seuls de courts extraits sont cités ici, pour l’analyse. Paroles complètes sur Genius ↗