
Dans le morceau
Open Mike Eagle
Infinity War Spoilers
DOOMED! · August 14, 2026
7 passagesProd. Kenny SegalGenius ↗
Le morceau en quelques mots
Un homme qui vient de vivre une rupture fait la liste de tout ce qui se détraque chez lui : son corps, son appartement, son quartier, ses habitudes. Entre chaque petite liste revient la même phrase, celle d'un personnage de film qui se sent mourir. Le texte est volontairement simple et répétitif : sa force vient du contraste entre des détails minuscules du quotidien et cette phrase de fin du monde, dite sur un ton fatigué et presque drôle.
À savoir avant. Le titre renvoie au film Marvel « Avengers: Infinity War » (2018) : à la fin, la moitié des êtres vivants se désintègre en poussière, et le jeune Spider-Man, en train de disparaître, dit à son mentor Tony Stark « Mr. Stark, I don't feel so good », puis « I don't wanna go » (« je ne veux pas partir »). L'album entier raconte une relation amoureuse qui se termine dans tous les univers possibles ; ici, le rappeur se voit donc comme celui qui tombe en poussière, encore une fois.
À l’écoute
Une instru qui flotte, sans vraie batterievers 5
Kenny Segal, qui a produit tout l'album, laisse presque tout le morceau sans rythme net : les basses sont lourdes, mais rien ne marque franchement le temps. On se sent sans appui, exactement comme le texte qui finit par dire qu'il n'y a plus ni structure ni règles.
La phrase qui revient sans cessevers 3
« Mr. Stark, I don't feel so good » revient six fois et sert de refrain, à peu près toutes les six lignes. C'est elle qui tient le morceau à la place de la batterie, et à force on peut y entendre moins une blague de cinéma qu'un vrai malaise qui tourne en boucle.
Une entrée dans le flouvers 1
Les quatorze premières secondes sont en retrait, sans pulsation, avant que la voix arrive. Le morceau s'installe doucement, comme un mauvais pressentiment, et la première phrase dit justement que ça recommence.
Deux respirations au milieuvers 25
Autour des vers 25-26, puis 36-37, un battement discret revient et la voix laisse beaucoup d'espace : deux lignes seulement pour une vingtaine de secondes. Ces phrases-là, sur la solitude et sur l'absence de règles, restent en l'air plus longtemps que les autres.
Le rythme arrive quand la voix s'est tuevers 37
Après la dernière question, le volume retombe et, pour la première fois, une pulsation régulière s'installe, lente, autour de 86 battements par minute. Le cadre que le texte réclamait arrive trop tard, quand il n'y a plus personne pour s'y appuyer.
7 passages
Suivre le morceau ↓Ça recommence
Deux lignes d'ouverture qui posent l'idée de l'album : la rupture arrive encore, comme dans une boucle. Le passage du présent au passé (« ça arrive, c'est arrivé ») dit que c'est déjà fait avant même qu'il ait fini sa phrase.
Ça arrive, c'est arrivé encore une
It's happening, it happened one more
Écho au concept de l'album : la même relation qui se termine dans chaque univers.
Le « une fois de plus » est coupé en deux sur les vers 1 et 2.
Le corps et le lit après la rupture
Première apparition de la phrase de Spider-Man, qui sert de refrain. Puis une liste de petites choses du quotidien abîmées par la séparation : les cheveux laissés à l'abandon, un parfum, un drap, des chansons. Rien n'est expliqué, mais on devine que chaque objet rappelle l'autre personne.
M. Stark, je ne me sens pas très bien
Mr. Stark, I don't feel so good
Réplique de Spider-Man dans « Avengers: Infinity War », au moment où il sent qu'il va se désintégrer.
Très connue, devenue une blague d'internet, elle sert ici à dire un vrai malaise avec une phrase de super-héros.
Je veux pas partir
I don't wanna go
Suite de la réplique de Spider-Man dans le film : « I don't wanna go », dit en s'accrochant à Tony Stark juste avant de disparaître.
Répéter qu'on se répète
Le rappeur se moque de lui-même : il dit que ça ne sert à rien de le redire, et il le redit. C'est le morceau qui commente sa propre forme, et aussi l'idée de l'album : son corps s'est défait des centaines de fois, une par univers.
Pas la peine de le redire encore et encore
Ain't no need to say it again and again
Blague sur lui-même : il dit qu'il ne faut pas répéter en répétant exactement les mêmes mots.
Un quartier plein de fantômes
La rupture a contaminé la ville. Les lieux partagés sont hantés, un carrefour est devenu une zone interdite, et les amis communs qui y vivent sont à éviter. Le « je veux pas partir » de Spider-Man se transforme en refus têtu : « j'y vais pas ».
Le quartier est envahi par les fantômes
The neighborhood's overrun with ghosts
Les fantômes, ce sont les souvenirs : chaque coin de rue rappelle la relation.
Le stress dans tout le corps
Retour au physique : le stress pèse des kilos, il le remplit des pieds aux poumons. Puis une remarque sèche et triste : personne ne le connaît depuis assez longtemps pour s'inquiéter. Et il ajoute, mi-sérieux, que ça lui plaît.
Mon système nerveux pèse trente kilos
My nervous system weighs seventy pounds
Soixante-dix livres dans le texte, soit un peu plus de trente kilos.
Il a l'impression de porter ses nerfs comme un sac de ciment.
Les petites choses qui font mal
Une série d'images collées sans lien apparent : une musique, un café, une série télé, des voitures électriques. Ce qui les relie, c'est que chacune lui donne un coup au ventre ou un malaise. Ces vers sont plus obscurs que les autres et leur sens exact reste flou.
J'y vais pas
I ain't going
Une maison sans règles
Dernière liste, dans la cuisine : trop de tasses pour un seul homme, plus de glaçons, trop d'alcool. Puis le morceau lâche enfin sa vraie question, sans image ni blague : sans le cadre du couple, il ne sait plus comment vivre.
Beaucoup trop de tasses à café pour pouvoir m'en servir
Too many coffee cups to possibly use
La vaisselle d'un foyer à deux, restée chez un homme seul.
Ce qui reste ouvert
Les vers 28 à 31 sont elliptiques et la transcription y paraît approximative (« reggae tone », la phrase du café et de la série) : leur traduction et leur lecture restent incertaines.
Seuls de courts extraits sont cités ici, pour l’analyse. Paroles complètes sur Genius ↗