
Dans le morceau
Open Mike Eagle
The Many Hustles of my Lonely Time Traveling Uncle
DOOMED! · August 14, 2026
5 passagesProd. Kenny SegalGenius ↗
Le morceau en quelques mots
Un type énumère toutes les combines qui lui ont rapporté de l'argot... pardon, de l'argent, à travers les époques : CD gravés, sonneries de téléphone, peluches de collection, et même des chapeaux à boucle au XVIIe siècle. Le refrain dit tout : « avant, je gagnais plein d'argent ». C'est une blague tendre et triste à la fois : un oncle vantard, coincé dans le passé, dont chaque filon est mort, et une liste de modes périmées qui raconte comment l'argent facile disparaît toujours.
À savoir avant. Le titre veut dire « Les nombreuses combines de mon oncle solitaire qui voyage dans le temps » : c'est lui qui parle, d'où les époques mélangées et les dates qui ne collent pas. L'album raconte une relation qui se termine mal dans tous les univers possibles ; ici on fait un détour par un personnage comique. Presque chaque vers cite un objet ou une mode américaine des années 80 à 2000 aujourd'hui démodés.
À l’écoute
La fin : la musique se retire, il parlevers 41
À ce moment le volume retombe et il arrête de rapper pour parler, comme un oncle qui raconte ses souvenirs à table. Le « tiens, prends une maison » répété sonne alors comme une blague amère : c'est le crédit immobilier facile d'avant la crise, dit sur un ton tout tranquille.
Le refrain répété comme une rengainevers 2
« Je gagnais plein d'argent », dit trois puis quatre fois de suite, presque sans variation. À force, ça ne sonne plus comme une vantardise mais comme quelqu'un qui radote sur son passé, et c'est là que la tristesse du titre (« l'oncle solitaire ») s'entend.
Les basses arrivent au retour du refrainvers 21
Le début est léger, avec très peu de graves. Quand le refrain revient, le son prend du poids et le garde pendant tout le deuxième couplet : la liste de combines devient plus épaisse, plus enveloppante.
Un rythme qui flottevers 16
Pendant une grande partie du morceau, aucune batterie ne marque vraiment le temps : la pulsation reste discrète puis s'efface. Ça donne une sensation de rêverie, qui va bien avec un personnage qui saute d'une époque à l'autre sans prévenir. Toute la musique est de Kenny Segal, qui signe l'album entier.
Un débit d'inventairevers 5
Il enchaîne des vers courts, un objet ou une combine par ligne, comme on vide un carton de vieilleries. Le morceau dure à peine deux minutes : c'est une vignette, et les époques se mélangent tellement vite que l'effet comique vient du rythme autant que des mots.
5 passages
Suivre le morceau ↓Le refrain : avant, j'avais de l'argent
L'oncle pose sa phrase fétiche et la répète. Tout est dans le « avant » : il ne dit jamais qu'il en gagne encore.
Avant, je gagnais plein d'argent
I used to make a lot of money
Premier inventaire : du CD gravé au chapeau de pèlerin
L'oncle déballe ses petits trafics : copies pirates, paris, arnaque bancaire, sonneries. Au milieu, il glisse qu'il vendait des chapeaux dans les années 1600, et c'est là qu'on comprend qu'il voyage vraiment dans le temps. Chaque « empire » repose sur un objet que plus personne n'achète, ce qui rend sa fierté drôle et un peu pitoyable.
Ouais, ouais, ouais, je vendais des CD gravés et des magnétoscopes
Yeah, yeah, yeah, I sold CD-Rs and VCRs
Le CD-R est le CD vierge qu'on gravait chez soi, typique de la vente à la sauvette de musique piratée vers 2000.
Le VCR est le magnétoscope à cassettes.
Je pariais de l'argent sur DDR et sur des couplets de CD
I bet money on DDR and CD bars
DDR, c'est Dance Dance Revolution, la borne d'arcade où l'on danse sur des flèches.
« CD bars » est flou : « bars » veut dire les mesures d'un couplet de rap, donc sans doute des paris sur qui rappe le mieux, mais le vers joue surtout sur le son des sigles (CD-R, VCR, DDR, CD bars).
Retour du refrain
Même phrase, quatre fois. Plus il la répète, plus on entend le regret derrière la vantardise.
Deuxième inventaire : l'argent a disparu
Le couplet s'ouvre sur l'aveu : l'argent est porté disparu. Puis la liste repart, de plus en plus absurde, entre peluches, bonbons, danses et crèche en platine. Elle finit sur les prêts immobiliers de 2004, c'est-à-dire la combine qui a fait exploser l'économie mondiale : le rire devient plus grinçant.
L'argent sur les briques de lait : « Vous m'avez vu, dernièrement ? »
Money on milk cartons, have you seen me lately?
Aux États-Unis, dans les années 80, on imprimait la photo des enfants disparus sur les briques de lait avec « Have you seen me? ».
Ici c'est son argent qui est porté disparu.
Dans les années 80, une Mercedes grâce à tout un stock de Beanie Babies
In the 80s, a Mercedes from holding various Beanie Babies
Les Beanie Babies sont de petites peluches que les gens collectionnaient en croyant qu'elles prendraient une valeur folle.
La folie date en fait des années 90, pas 80 : l'oncle s'emmêle, ou il voyage dans le temps.
Parlé : « tiens, prends une maison »
L'oncle arrête de rapper et se souvient, attendri, de l'époque des prêts. Il rejoue la scène : on donnait une maison à n'importe qui, sans vérifier ses revenus. Il en parle comme du bon vieux temps, alors que c'est une catastrophe nationale.
Prends une maison
Have a house
Tiens, prends une maison
Here, have a house
Ce qui reste ouvert
Quelques mots des paroles fournies semblent mal transcrits (« celiaki » au vers 12, « blasé's danger » au vers 32, peut-être « Soul Curl » et « CD bars ») : leur lecture reste incertaine.
Seuls de courts extraits sont cités ici, pour l’analyse. Paroles complètes sur Genius ↗