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Dans le morceau

OutKast

ATLiens

ATLiens · August 20, 1996

11 passagesProd. OutKastGenius ↗

Le morceau en quelques mots

Deux rappeurs d'Atlanta se relaient au micro. Big Boi fanfaronne et raconte son quotidien, André pense à l'enfant qu'on élève, à sa colère et à ce qu'il fait de sa parole. Ce n'est pas un récit suivi : ce qui relie tout, c'est la fierté d'être du Sud et d'être à part ; le refrain, lui, est un simple appel à la foule.

À savoir avant. Big Boi rappe l'intro et les couplets 1 et 3, André 3000 les couplets 2 et 4 ; le refrain est à eux deux. Le titre colle « ATL », l'abréviation d'Atlanta, et « aliens », les extraterrestres. Entre le premier album et celui-ci, Big Boi est devenu père et André a arrêté l'herbe.

Les fils à suivre

  • Atlanta d'abord. Ils se présentent partout comme des gars du Sud, fiers de leurs quartiers et de leur cuisine.
  • La vantardise de Big Boi. Big Boi se dit le meilleur et se moque de ceux qui veulent lui ressembler.
  • Les différents, les extraterrestres. On les met à l'écart parce qu'ils ne sont pas comme les autres, et ils en font une force.
  • La parole comme arme. André a rangé la drogue et le pistolet : il se bat maintenant avec ses mots.

À l’écoute

L'entrée du rythme après douze secondesvers 2

Le morceau commence très bas, sans batterie, avec Big Boi qui cite des quartiers d'Atlanta presque en parlant. Puis tout arrive d'un coup : le volume monte, les basses deviennent lourdes et le rythme s'installe pour ne plus bouger jusqu'à la fin.

Une production signée OutKast eux-mêmes

C'est sur cet album que le duo commence à produire ses propres morceaux, et celui-ci en fait partie. Le tempo est posé (autour de 96 battements par minute), les basses pèsent : ça avance sans se presser, ce qui laisse toute la place aux voix.

Les samples des Chambers Brothers

Les crédits indiquent deux emprunts à ce groupe de soul-rock des années 60, « So Tired » et « Time Has Come Today ». Le morceau s'appuie donc sur de la vieille musique noire américaine pour un titre qui parle d'extraterrestres : on peut y entendre le mélange de racines et de futur que tout l'album revendique.

Le refrain à reprendre en chœurvers 27

« […] » est la formule de fête la plus ancienne du rap, celle qu'on crie au public en concert. Ici elle est tordue à la sauce du Sud : le « yeah » est déformé en « O-Yea-yer » pour rimer avec « air » et « care », et c'est ce mot bizarre qui reste en tête.

Le passage de relais entre les deux voixvers 61

Dans la deuxième moitié, Big Boi et André enchaînent deux couplets courts sans refrain entre eux. Big Boi finit sur « off me », André repart sur « Softly » : la rime fait le pont, et le ton change avec le mot, de la bravade à quelque chose de plus calme et plus sérieux.

Vers 1 à 6

Big Boi salue ses quartiers

Big Boi salue un par un les quartiers autour d'Atlanta, avec une blague pour deux d'entre eux.

Ouais, East Point, là où on fume de la bonne herbe

Yeah, uh, East Point, smokes some dank

Il salue East Point, une ville collée à Atlanta d'où vient le duo.

College Park est dans la place

College Park in the house

College Park et Decatur sont deux autres villes de la banlieue d'Atlanta.

Vers 7 à 13

Big Boi se dit plus froid qu'un ours polaire

Big Boi se présente comme le meilleur. Il se dit glacial au micro, imite ceux qu'il agace, puis annonce qu'il va montrer ce qu'un gars du Sud sait faire.

Bon, c'est le M-I-lettre tordue, et personne ne fait mieux

Well it's the M-I-crooked letter, ain't no one better

Il se présente comme le MC, celui qui tient le micro.

« M-I-lettre tordue », c'est la comptine des écoliers du Sud pour épeler Mississippi : le S est la lettre tordue. Il la détourne.

Parce que je suis plus froid que les ongles de pied d'un ours polaire

'Cause I'm cooler than a polar bear's toenails

Il a une classe folle, et il le dit par une image de froid extrême.

En anglais, le même mot veut dire « frais » et « classe » : d'où le pull du vers d'avant.

Vers 14 à 19

Il renvoie les rivaux à leur boîte à cirage

Il répète deux dictons qu'on lui a servis, puis répond qu'on le prend pour un autre, mais que ça ne l'inquiète pas. Quand le duo arrive, les rivaux détalent, et il les renvoie cirer des chaussures.

Alors va chercher ta putain de boîte à cirage et ton sac de petite monnaie

So go get your fucking shine box and your sack of nickels

Il traite son rival de petit cireur de chaussures payé en pièces.

L'insulte de la boîte à cirage vient sans doute du film « Les Affranchis ».

Vers 20 à 23

Il signe de son nom et salue son oncle

Il donne ses surnoms, rappelle un coup de poing déjà donné, puis salue un oncle en prison.

Daddy Fat Sax, B-I-G B-O-I

Daddy Fat Sax, B-I-G B-O-I

Il donne un autre surnom, puis épelle son nom de scène.

Vers 24 à 31

Le refrain fait lever les bras

Le refrain fait lever les bras à la foule et demande qui aime la cuisine et le style du Sud.

Et si vous aimez le poisson au gruau de maïs et tous ces trucs de mac

And if you like fish and grits and all that pimp shit

Aimer ce plat et ce style de frimeur, c'est être du côté du Sud.

Le poisson servi avec une bouillie de maïs est un plat typique du Sud des États-Unis.

Vers 32 à 39

André passe du sexe à l'enfant qu'on élève

André commence par une image de sexe, puis elle bascule : il attendra, parce que tout dépend de l'enfant qu'on élève. Il enchaîne alors les questions sur ce que cet enfant pensera de lui-même.

Bon, ce que je dessine avec ma bouche, c'est comme une caresse sur le clitoris

Now, my oral illustration be like clitoral stimulation

Avec le vers suivant : ses paroles font aux femmes l'effet d'une caresse intime.

« Avec ma bouche » veut dire à la fois ses paroles et le sexe oral.

Sinon j'attendrai, parce que l'avenir du monde dépend de ceci :

If not I'll wait, because the future of the world depends on

La blague s'arrête : faire un enfant engage l'avenir, donc il prend son temps.

Vers 40 à 44

Mis à l'écart, il garde les mains levées

André dit pourquoi on les tient à l'écart, et répond qu'il faut garder les mains levées. Il promet de faire ce qu'il prêche et de gagner sa part lui-même, puis réclame une réponse de la foule.

Ils nous mettent à l'écart parce qu'on est différents ; gardez les mains vers le ciel

They alienate us 'cause we different keep your hands to the sky

On les traite en étrangers, et il répond par un geste de fête et de foi.

Le verbe anglais contient le mot « alien », l'extraterrestre du titre.

Vers 45 à 52

Le refrain répond à l'appel d'André

Après le couplet d'André, les mains en l'air sont aussi celles des gens différents qui ne se cachent pas.

Vers 53 à 60

Big Boi raconte ses fins de mois

Big Boi raconte ses journées : il attend son ami en pensant au deuxième album. Puis il avoue ses soucis et ses fins de mois justes, et finit en demandant qu'on lui lâche les basques.

Comme E-S-P-N, parce qu'on se cale sur le rythme, pile dans la zone

Like E-S to the P-N, cause we adjust to the beat in the zone (zone)

Ils s'adaptent à la musique comme une équipe de sport qui change de défense, sans doute.

ESPN est une chaîne de sport américaine ; « la zone » est aussi un type de défense au basket.

Comme toi tu es arrivé en équipe B, et comme la femme de ton père fait le café

Like you made the B team, and like your daddy's wife be making that coffee

Il s'en est sorti, lui ; l'autre est un remplaçant, et sa belle-mère une bonniche.

Le même verbe anglais sert trois fois : s'en sortir, être pris dans l'équipe, faire le café.

Vers 61 à 68

André range son pistolet et garde sa parole

André enchaîne. Il a trouvé où mettre sa colère, et il se voit comme quelqu'un par qui Dieu parle. Du coup il reste sobre pour bien capter, et il range son pistolet : sa parole est une arme qui ne s'épuise pas.

J'ai rangé mon Glock, j'ai une arme plus forte

Put my Glock away, I got a stronger weapon

Avec le vers suivant : sa parole remplace le pistolet, et ne tombe jamais à court.

Vers 69 à 76

Le refrain revient une dernière fois

Le refrain revient.

Au fond

Sous un refrain de fête, le morceau dit qu'on peut être à la fois du coin et d'ailleurs : fiers d'Atlanta, et traités en extraterrestres. Sa force vient du contraste entre Big Boi, drôle et terre à terre, et André, qui part d'une blague de sexe pour arriver à l'enfant, à Dieu et aux mots comme arme. Le titre résume tout : des gars d'Atlanta venus d'une autre planète.

Ce qui reste ouvert

Vers 19 : Mr. Pickles, surnom de Big Boi ou autre personnage. Vers 36 : se croire condamné, ou mal se conduire. Vers 55 : image de défense sportive, lecture probable.

Seuls de courts extraits sont cités ici, pour l’analyse. Paroles complètes sur Genius ↗