
Dans le morceau
OutKast
Da Art of Storytellin’ [Part 1]
Aquemini · May 25, 1999
9 passagesProd. Mr. DJGenius ↗
Le morceau en quelques mots
Deux rappeurs racontent chacun une histoire de fille de leur quartier d'Atlanta. Big Boi fait dans la blague crue : un plan cul vite expédié sur un parking. André, lui, raconte une nuit d'enfance sous les étoiles, puis la mort de son amie. Le morceau tient par ce contraste : la même rue, vue en riant puis le cœur serré.
À savoir avant. Big Boi rappe les vers 1 à 22, André 3000 les vers 28 à 48 ; le refrain est chanté par Sleepy Brown avec Big Boi. Le titre veut dire « L'art de raconter des histoires, première partie » : la suite vient juste après sur l'album.
Les fils à suivre
- Suzy, la fille facile. Big Boi raconte une fille connue de tout le quartier pour coucher avec tout le monde, et il en rit.
- La vie qui rattrape. Les obligations et le temps qui passe coupent court à ce que chacun voulait.
- Sasha, la fille perdue. André se souvient d'une amie d'enfance qui voulait seulement rester en vie, et qui n'y est pas arrivée.
- Raconter des histoires. Le duo dit ce qu'il fait : à plusieurs dans une voiture, on se raconte des histoires en rap.
À l’écoute
La même musique pour deux histoires opposéesvers 28
L'instrumentale, signée Mr. DJ, ne bouge pas d'un pouce pendant trois minutes : même tempo tranquille, mêmes basses rondes. Big Boi y raconte une aventure légère, puis André y raconte la mort d'une amie d'enfance : comme la musique reste douce, le drame arrive sans prévenir et frappe plus fort.
La chute d'André, dite sans hausser le tonvers 46
Rien ne s'arrête autour de lui : le rythme continue comme si de rien n'était quand il lâche la fin de l'histoire. Il termine juste par le nom de la fille, deux mots, et le refrain repart aussitôt, ce qui laisse l'auditeur seul avec ce qu'il vient d'entendre.
Le refrain chantonné avec Sleepy Brownvers 49
Sleepy Brown double la voix sur le refrain, qui répète « It's like that now » comme une rengaine. Après le couplet de Big Boi, on l'entend comme un haussement d'épaules amusé ; après celui d'André, la même phrase sonne comme une résignation. Il revient deux fois de suite à la fin, comme pour laisser le temps de digérer.
Une entrée en douceur
Les premières secondes sont très basses, presque sans basses, avec déjà le rythme bien marqué. Puis tout le son arrive d'un coup, vers douze secondes, et s'installe pour ne plus changer : on est mis dans l'ambiance d'une balade en voiture entre amis, celle que décrit le refrain.
La fin : la musique s'efface, la scène de la grand-mèrevers 59
À 3:12, les basses et le rythme disparaissent d'un coup et le volume tombe : il ne reste que des voix, une grand-mère qui gronde Keisha et rassure des enfants effrayés par l'orage. Puis un autre rythme, plus lent, s'installe tout bas dans les dernières secondes : on peut y entendre le passage vers le morceau suivant de l'album, la deuxième partie.
9 passages
Suivre le morceau ↓Big Boi présente Suzy, connue de toute la bande
Big Boi reçoit un message pour un rendez-vous et se demande si c'est la fille qui a couché avec toute sa bande. Il lui invente un nom, puis précise qu'elle exigeait des endroits corrects, et il se moque des autres.
C'était pas la salope qui s'est tapé les Goodie et toute l'équipe du Dungeon ?
Was it the bitch that fucked the Goodie and the Dungeon crew?
Elle a couché avec tous les rappeurs de son entourage.
Goodie Mob et la Dungeon Family : le groupe ami et le collectif d'Atlanta dont OutKast fait partie.
Disons qu'elle s'appelait Suzy Skrew, parce qu'elle baisait beaucoup
Let's say her name was Suzy Skrew, 'cause she screwed a lot
Le nom est inventé, et il veut dire à peu près « Suzy la Baise ».
Il se vante, puis perd sa trace
Il se vante de l'avoir eue sans payer, puis dit que sa réputation couvre toute la région. Il décrit sa coiffure, se montre prudent dans sa belle voiture, mais il la perd de vue en voulant la rappeler.
Je l'ai couchée direct, je l'ai dégommée comme Dark Vador, je l'ai faite
Straight laid her, slayed the bitch like Darth Vader, made her
Il se vante de sa performance au lit, à grand renfort d'exagération.
À l'oreille : toute une série de mots finit sur le même son, de « payée » jusqu'au nom de la ville au vers suivant.
De College Park à Fayette, et jusqu'en bas à Decatur
From College Park and Fayette, all the way down to Decatur
Avec le vers d'avant : sa réputation à elle, c'est lui qui l'a faite, dans toute la région.
Trois coins de la banlieue d'Atlanta, le territoire du duo.
Tout se règle vite fait sur le parking
La mère de sa fille le bipe, mais il veut quand même Suzy. Il la recroise au centre commercial et elle lui propose le parking. Il accepte parce qu'il est pressé, puis la remercie avec un disque et un poster.
Faut que j'aille chercher ma fille, et en plus sa mère m'a bipé »
I gotta pick up my daughter, plus my baby mama beeped me, too"
Le grand séducteur est surtout un père pressé qui a des comptes à rendre.
C'est comme ça maintenant
It's like that now
Le refrain explique ce qu'ils font là
Le refrain dit la règle du morceau : on se détend, on est quatre ou cinq dans la voiture, et on se raconte des histoires en rap.
Tu ferais mieux de te décoincer, maintenant
You better go on and get the hump up out your back now
Mot à mot, il faut s'enlever la bosse du dos : se détendre, arrêter de se crisper.
Notre baratin, on le sort sous forme d'histoires en rap, maintenant
We just shoot game in the form of story raps now (Yeah)
Au lieu de frimer, ils racontent : c'est exactement ce que font les deux couplets.
André se souvient d'une nuit d'été avec Sasha
André prend la parole et enchaîne sur l'amie de Suzy, Sasha. Il se souvient d'un été et d'une soirée pyjama, qui était en fait une nuit dehors, à danser dans la rue. Il s'y sentait bien, malgré le quartier.
Pyjama, mais on peut pas appeler ça comme ça, c'était plus miteux
Party, but you can not call it that 'cause it was slummer
Avec le vers d'avant : rien d'une jolie soirée pyjama, c'était la débrouille des quartiers pauvres.
Il déforme le mot anglais pour « soirée pyjama » en y glissant celui qui dit taudis.
Elle veut juste être en vie
Allongés par terre, ils regardent les étoiles et parlent de leur avenir. Il lui demande ce qu'elle veut devenir, et sa réponse le fige.
J'ai dit : « Tu veux être quoi, toi ? » Elle a dit : « Vivante »
I said, "What you wanna be?" She said, "Alive"
Pour elle, survivre est déjà une ambition : tout le morceau bascule ici.
André a raconté tenir cette réponse d'une vraie petite fille, à qui sa maîtresse posait la question en classe.
Il revient trop tard, Sasha est morte
Devenu rappeur, il rentre chez lui, mais Sasha est partie avec un homme qui la maltraite. Il continue sa route en espérant la voir à un concert, puis il apprend sa mort.
Une aiguille dans le bras, et un bébé attendu dans deux mois
With a needle in her arm, baby two months due
Elle est morte d'une overdose, enceinte de sept mois.
Le refrain revient, et pèse plus lourd
Après la mort de Sasha, « c'est comme ça maintenant » ne sonne plus comme une blague de copains, mais comme un constat.
Une grand-mère rassure les enfants pendant l'orage
Une petite scène jouée ferme le morceau. Une grand-mère fait taire une adolescente pendant un orage, puis rassure les petits qui ont peur.
C'est juste le Seigneur qui fait son travail, d'accord ?
It’s just the Lord doin' His work, okay?
Elle calme les enfants ; mais l'orage annonce le morceau suivant, bien plus sombre.
La deuxième partie, qui suit sur l'album, parle de fin du monde : ce tonnerre lui sert d'entrée.
Au fond
Deux amies du même quartier, deux histoires : l'une finit en blague sur un parking, l'autre derrière une école, une aiguille dans le bras. Le morceau est fort parce qu'il fait rire d'abord, puis retire le sol sous les pieds avec un seul mot, « vivante ». L'art de raconter du titre, c'est ça : la même rue peut donner une vantardise ou un deuil.
Ce qui reste ouvert
Vers 6 : pique aux autres séducteurs, ou adressée à Suzy. Vers 9 : sa réputation à elle faite partout, ou ses exploits à lui dans toute la région.
Seuls de courts extraits sont cités ici, pour l’analyse. Paroles complètes sur Genius ↗