
Le morceau en quelques mots
Les deux rappeurs d'OutKast reviennent après une absence et disent aux autres de leur laisser la place. Big Boi fanfaronne pour Atlanta, puis André raconte une rencontre dans un bus qui le fait réfléchir : on ne vaut que par son dernier morceau. Le refrain, très simple, revient beaucoup ; la fin est une conversation de studio.
À savoir avant. Big Boi rappe le refrain et le premier couplet, André 3000 le second ; à la fin, Big Boi discute avec Raekwon, rappeur new-yorkais du Wu-Tang Clan. Rosa Parks : femme noire qui, en 1955 en Alabama, refusa de céder sa place dans un bus à un Blanc. Les Noirs devaient alors s'asseoir au fond.
Les fils à suivre
- Le fond du bus. Le duo envoie les autres rappeurs s'asseoir derrière : la place de devant est pour lui.
- Le chemin de traverse. OutKast et sa bande d'Atlanta ne passent pas par la route de tout le monde, et s'en vantent.
- La peur d'être dépassé. André sait qu'un artiste ne vaut que par son dernier disque, et que leur tour de tomber viendra.
- Du neuf à tout prix. Il faut surprendre, ne jamais resservir la même chose : c'est ce que disent la voyante puis l'invité.
À l’écoute
Le solo d'harmonica du pasteur Robert Hodovers 63
Au milieu du morceau, le rap s'arrête et un harmonica prend toute la place, comme dans une fête de campagne du Sud. C'est le moment qui a fait la réputation du titre : du rap qui sonne comme un bal de village, sans perdre son rythme lourd. Les paroles créditent le pasteur Robert Hodo.
L'entrée du rythme après une intro presque nuevers 8
Pendant une vingtaine de secondes, tout est bas : des voix qui fredonnent « […] », des scratchs de Mr. DJ annoncés par « Cut it up ». Puis les basses et la pulsation tombent d'un coup avec le refrain, et le morceau ne lâche plus ce pas régulier, autour de 103 battements par minute.
Un refrain scandé comme un chant de foulevers 8
Big Boi ne chante pas vraiment, il lance quatre phrases courtes, toutes sur le même balancement, faciles à reprendre en chœur même sans comprendre l'anglais. Il raconte l'avoir trouvé chez lui en écoutant l'instru à fond, et ça s'entend : c'est un cri de fête, répété deux fois à chaque passage.
Le débit d'André 3000 qui s'emballevers 44
Son couplet commence posé, comme une histoire racontée dans un bus, puis les rimes se resserrent et s'enchaînent à l'intérieur des phrases (« shower / sour », « doubt / out », « flawsky-wawsky »). On a l'impression qu'il glisse sur le rythme au lieu de le suivre, ce qui contraste avec le style plus carré de Big Boi au premier couplet.
La fin : le rythme s'efface, place à la discussionvers 86
Vers 4:14, le volume retombe, puis la pulsation disparaît complètement et la musique de fond change. Il ne reste qu'une conversation entre Raekwon, rappeur new-yorkais, et Big Boi : on quitte la fête pour les coulisses, et ça prépare le morceau suivant de l'album, où Raekwon est invité.
14 passages
Suivre le morceau ↓Les voix lancent la fête
Des voix chauffent la salle avec des petits mots et des onomatopées, sans rien raconter encore.
Vas-y, découpe-moi ça, oh, oh, oh !
Cut it up, oh, oh, oh!
C'est au DJ qu'on parle : qu'il fasse grincer ses platines.
Ah-craca, laca-laca-laca, craca, laca-laca-laca
Uh-cracka, lacka-lacka-lacka, cracka, lacka-lacka-lacka
Ce sont des sons pour le rythme, sans aucun sens.
Le refrain renvoie tout le monde au fond
Big Boi fait taire tout le monde et envoie les autres au fond du bus. Puis il invite à faire la fête avec le duo, qui se vante de mettre le feu aux boîtes.
Tout le monde va s'asseoir au fond du bus
Everybody move to the back of the bus
Les autres rappeurs doivent passer derrière : devant, c'est la place d'OutKast.
Le fond du bus, c'était la place imposée aux Noirs. Seul lien du morceau avec son titre, et Rosa Parks a d'ailleurs attaqué le groupe en justice.
Tu veux venir cogner et te vautrer avec nous ?
Do you wanna bump and slump with us?
C'est une invitation à la fête : la musique à fond, et on se laisse aller.
Big Boi revient par la petite route
Big Boi annonce le retour du duo. Le temps a passé, mais il promet toujours des coups, et il sème la panique chez ceux qui les croyaient partis. Puis il explique leur méthode : un autre chemin, la petite route, et retour au repaire.
Mais je trouve encore le temps de te coller une bosse sur l'œil
But still I find the time to put that bump off in your eye
Absent ou pas, il reste prêt à frapper ses rivaux.
Il avait déjà promis ce coup de poing dans l'œil sur le disque précédent du duo.
On prend une autre route pour défendre la Dungeon Family
We takin' another route to represent the Dungeon Family
Le duo fait les choses à sa façon, au nom de sa bande.
La Dungeon Family, « la famille du donjon », est le collectif d'Atlanta auquel OutKast appartient, né dans un studio en sous-sol.
Il fanfaronne pour Atlanta, en Cadillac
Big Boi salue Atlanta, puis il se vante à la chaîne : les filles, sa Cadillac, les cercles qu'il trace autour des minables. Il finit en menaçant de tout brûler et renvoie au refrain comme on envoie un coup.
On plaque les filles au sol comme les Hoyas de Georgetown
Bulldoggin' hoes like them Georgetown Hoyas
Vantardise crue : il attrape les filles comme un cow-boy renverse un veau.
Le verbe vient du rodéo et contient le mot « bouledogue », qui est justement la mascotte des Hoyas, une équipe universitaire.
Je tourne en rond autour de vous, les nazes, comme les cercles autour des tétons
Doing doughnuts 'round you suckas like them circles around titties
Sa voiture dérape en cercles autour de ses rivaux, pour les narguer.
Le refrain tombe comme un coup
Après les vantardises de Big Boi, le refrain sonne comme le coup de poing annoncé.
Une gitane donne une leçon à André
André prend la parole et change de ton. Il raconte une gitane rencontrée, qui lui donne une leçon : seul compte le dernier morceau, et qui regarde en arrière est fini. Puis il laisse l'auditeur en faire ce qu'il veut.
Elle m'a dit : « Mon petit, tu ne vaux que ce que vaut ton dernier morceau
Said, "Baby boy, you only funky as your last cut
Avec le vers suivant : ici le morceau cesse de frimer, la gloire passée ne protège de rien.
Moi j'essaie juste de te la lancer, à toi de choisir ton aventure. Signé André
I try to just throw it at you, determine your own adventure – André
Il ne fait pas la morale : chacun prend la leçon comme il veut.
Il pense aux livres pour enfants « dont vous êtes le héros », où le lecteur choisit la suite.
Son groupe préféré le déçoit
La gitane descend du bus et ses mots restent dans la tête d'André. Puis il pense à son groupe préféré, qui l'a déçu : il a quand même acheté le disque, et il n'y voit que les défauts.
Mais quand tu regardes de près tous ses petits défauts tout moches, c'est affreusement
But examine all the flawsky-wawsky, awfully
Avec le vers suivant : le disque est raté, et il l'a payé cher.
Il invente un mot enfantin pour « défauts », en le faisant rimer avec lui-même.
André pense au jour de leur chute
André retourne la leçon sur lui-même. Il espère ne jamais se retrouver dans cette galère et ne veut pas entendre « c'est faible » en tombant. Mais il sait qu'un nouveau viendra, et il veut qu'on dise alors qu'ils méritaient la couronne.
...écrit, et j'espère ne jamais avoir à flotter dans ce bateau-là
Wrote, and I hope I never have to float in that boat
Le début termine la phrase d'avant : il n'y a rien de plus à dire, le disque est raté.
Il coupe en deux l'expression « c'est tout ce qu'elle a écrit », qui veut dire « point final ».
Tout ce que vous pourrez dire, c'est : « Ces gars-là ont mérité la couronne ». Mais d'ici là...
All y'all can say is, "Them niggas earned the crown," but until then...
Leur règne finira, mais en attendant la place de devant est à eux.
En attendant, les autres restent derrière
Après « mais d'ici là », le refrain dit ce qui se passe en attendant : pour l'instant, ce sont les autres qui vont au fond.
Les petits mots du début reviennent
Les voix du début reviennent.
Le refrain se mêle aux voix
Le refrain revient, mêlé aux voix du début.
Les deux rappeurs se félicitent de leur rencontre
La musique laisse place à une discussion entre Raekwon et Big Boi. Ils se félicitent de travailler ensemble, pour le rap de tout le pays, et se voient déjà tenir le monde.
Tout le monde : Nord, Sud, Est, Ouest, tu vois ce que je veux dire
Everybody – North, South, East, West, you know what I'm saying
Le rap américain était alors divisé en clans régionaux : un New-Yorkais chez des gars du Sud, c'était un geste.
Ils réclament du neuf et du dangereux
Ils disent leur règle : sans eux le rap ne serait pas le même, et il faut du neuf, du provocant, des sons qui secouent. C'est la leçon de la gitane, redite en mots de studio.
Avec toutes sortes de façons de rapper et de saveurs, le rap ne serait pas le même
With all types of flows and flavors, the game wouldn't be the same
Ils annoncent la suite et trinquent
Ils annoncent la suite du disque, et ils relient leurs deux quartiers avant de se passer la bouteille.
D'East Point jusqu'à Shaolin, mettez-vous bien ça dans le crâne ! Ouais !
From East Point to Shaolin, y'all better know that! Yeah!
Leurs deux quartiers sont maintenant alliés, d'Atlanta à New York.
East Point est la banlieue d'Atlanta d'OutKast ; Shaolin est le surnom que le Wu-Tang Clan donne à son quartier de New York, Staten Island.
Au fond
Sous un refrain de fête, le morceau parle de la place qu'on tient et qu'on perdra. Big Boi fanfaronne, puis André avoue la peur derrière : on ne vaut que par son dernier disque, et un nouveau viendra. Le bus du refrain devient celui où une gitane lui donne cette leçon, et le titre ne tient qu'à cette image du fond du bus.
Ce qui reste ouvert
Vers 20 : « Great Day », sans doute la photo de jazzmen à Harlem, ou un autre titre. Vers 36 : la gitane, sans doute Erykah Badu, ou un personnage inventé.
Seuls de courts extraits sont cités ici, pour l’analyse. Paroles complètes sur Genius ↗