
Dans le morceau
Pusha T
Nosetalgia
My Name Is My Name · October 7, 2013
10 passagesProd. Nottz, Kanye West, The Twilite ToneGenius ↗
Le morceau en quelques mots
Deux souvenirs d'enfance autour de la cocaïne et du crack, vus des deux côtés du comptoir. Pusha T raconte ses débuts de dealer au collège, sans s'excuser. Kendrick Lamar répond en enfant de consommateurs : il raconte la maison, le père qui sniffe, la tante qui vole sa console, puis retourne tout en disant que sa drogue à lui, ce sont ses couplets.
À savoir avant. Le titre mélange « nose » (le nez) et « nostalgia » : la nostalgie par le nez, celui qui sniffe et celui qui se souvient des odeurs. On parle des années 80-90, l'époque où le crack (de la cocaïne cuite avec du bicarbonate, qu'on fume) a ravagé les quartiers noirs américains. Pusha T a grandi en Virginie et a fait du trafic de cocaïne le sujet de presque tout son rap ; Kendrick Lamar vient de Compton, près de Los Angeles.
À l’écoute
Une instru presque nue, sans vraie batterievers 5
Pendant les couplets, rien ne marque le temps de façon régulière : c'est la voix qui porte tout le rythme. Du coup chaque mot pèse, et on écoute le texte comme une confession plutôt que comme un morceau pour danser.
Deux voix, deux côtés de la même histoirevers 35
Pusha T rappe posé, froid, sûr de lui : c'est le vendeur. Kendrick Lamar arrive ensuite avec une voix plus nerveuse, plus changeante, celle de l'enfant qui a vu la drogue à la maison. Le contraste à l'oreille raconte déjà le sujet.
Les basses se retirent au moment du deuilvers 20
Le son se vide d'un coup de ses graves quand Pusha parle de pleurer dans sa chambre et des amis morts. Le passage paraît plus fragile, plus à nu, puis les basses reviennent et il reprend son ton dur.
Les voix hachées empruntées au vieux rap new-yorkaisvers 32
Entre les couplets, on entend des bouts de « The Bridge Is Over » de Boogie Down Productions, un classique de 1987, découpés et répétés comme sous les doigts d'un DJ. Ça donne au morceau une couleur d'époque, celle des années crack dont parlent les deux rappeurs.
Le dialogue père-fils de Kendrickvers 52
Kendrick joue les deux rôles, lui et son père, en se répondant vers après vers. On suit la scène comme un petit film, jusqu'à la chute où il annonce que ses couplets sont sa marchandise.
10 passages
Suivre le morceau ↓En-tête et petite voix d'ouverture
Les deux premières lignes ne font pas partie du morceau : ce sont des restes de la page web d'où viennent les paroles. Ensuite une voix hachée, sortie d'un vieux disque, demande « c'est quoi ? ».
Anglais / Espagnol
EnglishEspañol
Reste de la page web (choix de langue), pas une parole du morceau.
Paroles de Nosetalgia
Nosetalgia Lyrics
Titre de la page, pas une parole.
« Nosetalgia » = « nose » (nez) + « nostalgia ».
Pusha T : un bébé dans la cuisine à crack
Pusha ouvre sur vingt ans de deal et file une image de nourrisson : il a commencé si jeune que même sa conscience porte des couches. Puis il décrit la recette, objet par objet, comme on raconterait un dîner en amoureux : lame, assiette, bicarbonate, bocal, casserole.
Plus de vingt ans à vendre du Johnson & Johnson
Twenty-plus years of selling Johnson & Johnson
Johnson & Johnson fabrique le talc pour bébé : une poudre blanche, donc la cocaïne.
La marque lance aussi toute la série d'images de bébé qui suit. Pusha a dit qu'il parlait de ses débuts en cinquième.
Pas étonnant que ma conscience ait un érythème fessier
No wonder it's diaper rash on my conscience
« Diaper rash » : les rougeurs que la couche donne aux bébés.
Sa conscience est irritée, pas blessée : il a commencé trop tôt pour sentir vraiment qu'il faisait du mal, et il l'a dit lui-même en interview.
Le petit caïd du collège
Le portrait de l'ado dealer, fier de sa panoplie : bipeurs, blouson de marque, casiers pleins et filles qui transportent pour lui. Il se voit en héros de comédie lycéenne, puis en médecin du quartier qui vend de quoi faire passer la douleur.
Mec, j'étais le crack dans la zone scolaire
Nigga, I was crack in the school zone
Aux États-Unis, vendre de la drogue près d'une école (« school zone ») alourdit fortement la peine.
Il ne dit pas qu'il en vendait : il dit qu'il était le crack en personne.
Deux bipeurs sur moi, un blouson Starter bicolore
Two beepers on me, Starter jacket that was two-toned
Le bipeur était l'outil des dealers avant le portable ; en avoir deux, c'est avoir beaucoup de clients.
Les blousons Starter, aux couleurs des équipes de sport, étaient le vêtement à avoir vers 1990.
Trois films pour dire la dureté
Du mot « docteur », Pusha glisse à Jivago, puis par la rime à Drago, puis à « Boyz N the Hood ». Les trois répliques ont le même moule : s'il meurt, s'il vient, s'il pleure, tant pis. Chez lui, on ne pleure pas un mort, on le porte en bijou ou en tatouage, et on se demande déjà qui va récupérer sa copine.
Jivago, j'ai essayé de résister à l'envie
Zhivago, tried to fight the urge
Suite du vers d'avant : « docteur » appelle « Le Docteur Jivago », le roman et le film.
« Zhivago » sert surtout à amener la rime avec « Drago ».
Comme Ivan Drago : « S'il meurt, il meurt »
Like Ivan Drago, "If he dies, he dies"
Ivan Drago est le boxeur soviétique de « Rocky IV ».
Il lâche cette phrase, froidement, devant l'adversaire qu'il vient de tuer sur le ring. C'est l'attitude de Pusha envers ses clients.
Pur parce que vrai
Pusha conclut : son récit est net comme une photo en très haute définition, et il durera parce qu'il est honnête. Les derniers mots rappellent le prix, du sang sur les diamants.
Un million de mégapixels sur le Pyrex
A million megapixels of the Pyrex
Le Pyrex est le plat en verre dans lequel on cuit le crack.
Il dit que sa description est d'une netteté totale, comme une photo ultra précise.
J'ai débuté à la balance, le numérique était ma seule Timex
Started on the scale, digital my only Timex
Timex est une marque de montres bon marché.
Avant les montres de luxe, son seul écran à chiffres était celui de la balance qui pèse la drogue.
Pause : « change ce qui sort de tes enceintes »
Ce n'est ni Pusha ni Kendrick : c'est un extrait d'un classique du rap new-yorkais de 1987, « The Bridge Is Over » de Boogie Down Productions. À l'origine, c'est une pique lancée à des rappeurs rivaux.
T'as intérêt à changer ce qui sort de tes enceintes
You better change what comes out your speaker
Extrait samplé de KRS-One.
Ici, on peut l'entendre comme un défi lancé au reste du rap.
Di-di-di-da, di-di-di-di-di-da-di-dé, hé (C'est quoi ?)
Dee-dee-dee-dah, dee-dee-dee-dee-dee-dah-dee-day, ayy (What is it?)
Un air fredonné, sans paroles.
Kendrick : la maison vue à hauteur d'enfant
Kendrick prend le point de vue inverse : celui du gamin dans la maison où l'on consomme. Une fête de Noël, un petit frère qui pleure, sa console qui disparaît sans arrêt. Puis il prête sa voix à celui qui tire sur la pipe et découvre que ça n'a rien à voir avec l'herbe.
Tu veux voir un cadavre ?
You wanna see a dead body?
Réplique du film « Boyz N the Hood », déjà cité par Pusha : des enfants s'y proposent d'aller voir un mort.
On reste dans l'enfance.
Les comptes de 1997 et le portrait du père
Kendrick joue avec les chiffres neuf et dix pour situer son monde : prix, poids, armes. Puis il dessine son père, petit trafiquant qui double sa mise, se plante, finit par arnaquer les toxicos avec du savon, et sniffe lui-même, chemise ouverte et chaîne en or sur les poils.
Quand j'avais dix ans, à l'époque où neuf onces t'en rapportaient dix
When I was ten, back when nine ounces had got you ten
Vers ambigu.
Neuf onces font environ 255 grammes de cocaïne ; « ten » peut vouloir dire dix mille dollars, ou dix ans de prison. Les deux lectures tiennent.
« Papa, c'est moi qui vais te fournir »
Le fils promet au père un kilo de cocaïne et se pose en fournisseur. Le père doute, le fils le traite de has-been. Puis vient le retournement : la marchandise, ce sont ses couplets, chacun vaut un kilo. Il vend en musique ce que sa famille consommait.
J'ai dit : « Papa, un jour je vais te remettre d'aplomb avec trente-six zips
I said, "Daddy, one day, I'ma get you right with thirty-six zips
Un « zip » est une once (28 g) ; trente-six onces font à peu près un kilo.
Sortie sur le vieux disque
Le sample de Boogie Down Productions revient, puis une autre phrase du même titre de 1987 tourne en boucle, hachée. Plus personne ne rappe.
I-I-I-I-Ils doivent être à genoux devant qui ?
Th-Th-Th-Th-Th-They must be on the dick of who?
« On the dick of » : être en adoration devant quelqu'un, dit crûment.
Dans le morceau d'origine, d'après les fans, la réponse est le DJ du groupe, Scott La Rock.
Ce qui reste ouvert
Deux points restent ouverts : le sens exact de « Simon Red » (vers 30) et celui de « ten » au vers 45 (dix mille dollars ou dix ans de prison).
Seuls de courts extraits sont cités ici, pour l’analyse. Paroles complètes sur Genius ↗