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Dans le morceau

RiTchie

Dizzy

Triple Digits [112] · February 26, 2024

9 passagesProd. AJRadicoGenius ↗

Le morceau en quelques mots

RiTchie et son invité Aminé se moquent d'un type qu'on croise dans toutes les villes : celui qui suit chaque mode, change de look et de bande toutes les semaines, et veut surtout être vu. Ils lui posent des questions gênantes : d'où vient l'argent, pourquoi ses enfants ont des habits troués quand lui est toujours sapé. C'est un morceau de vannes, drôle et méchant ; pas de sens caché, le plaisir est dans les piques et dans le refrain qui tourne en rond.

À savoir avant. Le titre « Dizzy » veut dire « étourdi », « qui a le tournis » : c'est l'effet que fait ce type à force de tourner autour des gens et de changer de style. RiTchie vient de l'Arizona (ex-groupe Injury Reserve, aujourd'hui By Storm) ; Aminé, rappeur de Portland, prend le deuxième couplet.

À l’écoute

Le couplet d'Aminé et ses petites réponsesvers 47

Aminé, l'invité, arrive ici. Presque chaque phrase est suivie d'un petit mot glissé derrière (« true », « nope », « damn »), comme un pote qui approuve chaque vanne. Ça donne au couplet un ton de moquerie entre amis, et chaque pique tombe comme une chute de blague.

Un clin d'œil chanté à Kanye Westvers 30

RiTchie reprend ici une phrase de « Get Em High » de Kanye West, et d'après les fans il la chante sur le même air que l'original. Pour qui connaît, c'est un sourire en coin : il se sert d'un classique pour dire qu'il en a assez des gens sans personnalité.

Une entrée à bas volume, puis tout s'ouvrevers 4

Les premières secondes sont très basses, avec déjà des basses lourdes en dessous. Puis le son monte d'un coup à plein volume : on a l'impression que quelqu'un vient de pousser la porte, juste au moment où le texte parle de celui qui débarque encore une fois.

Un rythme qui ne se pose jamais vraimentvers 22

Sur presque tout le morceau, les mesures ne trouvent pas de battement régulier, seulement des basses lourdes qui restent. On peut y entendre l'idée du titre, « Dizzy » (qui a le tournis) : la prod d'AJRadico tangue pendant que les deux rappeurs se moquent de ceux qui changent de style sans arrêt.

La fin : le jeu des « ooh »vers 73

RiTchie arrête de rapper et s'adresse directement à nous : il demande de faire « ooh » à chaque fois que ces gens-là arrivent. Puis le son retombe et le morceau finit en retrait, sur une dernière moquerie plutôt que sur un grand final.

Vers 1 à 7

Encore lui

L'intro pose le refrain chanté. On s'adresse directement au type : combien de fois tu es revenu traîner ici, combien de fois tu as changé de style ? L'idée centrale arrive tout de suite : à force, ça ne trompe plus personne.

Il va vraiment falloir qu'on leur explique

They really got to break it down

« Break it down » : décortiquer, expliquer point par point.

C'est ce que les deux couplets vont faire.

Vers 8 à 17

Refrain : tiens, regarde qui débarque

Le refrain joue une petite scène. Le type arrive, et on l'accueille avec une fausse admiration : nouvelle tenue, nouvelles lunettes, nouveau plan. Le ton est celui d'un pote qui se fout de toi en souriant.

Oh, t'as une nouvelle tenue ?

Oh, you got a new fit?

« Fit » est l'abréviation de « outfit » : la tenue, le look du jour.

C'est quoi ça, des lunettes neuves en plus ?

What those some frames too?

« Frames » : les montures, donc les lunettes, ici comme accessoire de mode.

Vers 18 à 28

Le portrait du mec à la mode du coin

RiTchie dresse le portrait. Chaque ville a son type « tendance » qui veut s'incruster partout, change de bande sans arrêt, se jette sur chaque nouveauté et ne finit jamais rien. Puis il pose la question qui fâche : comment tu vis sans travailler ? Réponse : les parents sont riches.

Dans chaque ville y a ce petit mec du coin qui est « le mec du moment »

Everywhere got that local little IT nigga

« It » comme dans « it girl » : la personne à la mode, celle qu'il faut connaître.

Ici c'est ironique, à l'échelle du quartier.

Celui qui fait « je peux traîner avec vous ? »

That can I kick it? Nigga

« Can I kick it? » veut dire « je peux me poser avec vous ? ».

C'est aussi le titre d'un classique du groupe A Tribe Called Quest (1990), un clin d'œil probable.

Vers 29 à 36

Trente ans, et les gosses en habits troués

RiTchie durcit le ton. Ce n'est plus une affaire de goûts : le type approche la trentaine et court toujours après la reconnaissance. Et le reproche devient sérieux : il dépense tout pour lui pendant que sa copine et ses enfants n'ont rien.

On veut plus entendre ces trucs de faibles

That we don't want to hear that weak shit no more

RiTchie reprend, sur la même mélodie, une phrase de « Get Em High » de Kanye West (2004).

Ceux qui connaissent le morceau reconnaissent l'air tout de suite.

Et là c'est pas juste « chacun ses goûts »

And this ain't just a case of the each his own

« To each his own » : l'expression anglaise pour « chacun fait comme il veut ».

Vers 37 à 46

Refrain

Le refrain revient à l'identique. Après le couplet, la fausse admiration pour la nouvelle tenue sonne encore plus moqueuse.

Vers 47 à 54

Aminé enchaîne les vannes

Aminé prend le micro et aligne les piques, une par vers, pendant qu'une voix derrière valide chaque fois (« vrai »). Il décrit quelqu'un qui cherche des contacts jusque dans les toilettes, pose pour des photos à un enterrement, et croit que tout le monde l'aime.

Écoute, t'es le genre à te faire des contacts devant un urinoir (vrai)

Look, you the type to link and build at a urinal (true)

« Link and build » : se rencontrer et monter des projets ensemble, le vocabulaire du réseautage.

Le faire en train de pisser, c'est ne jamais s'arrêter.

Ta mamie meurt, tu prends ta tenue en photo à l'enterrement (vrai)

Your granny died, you taking fit pics at the funeral (true)

« Fit pics » : les photos de sa tenue qu'on poste sur les réseaux.

Vers 55 à 62

Les comptes ne tombent pas juste

Aminé parle à RiTchie, qui lui répond en fond. Même question qu'au premier couplet : d'où sort l'argent pour toutes ces vacances ? Fraude ou voiture de papa. La chute est nette : ta mère vit toujours au même endroit et toi tu roules en coupé neuf, tu n'es pas des nôtres.

Je le jure sur leur carte de membre Erewhon et sur l'air dans mes poumons (je le jure)

I put that on they Erewhon membership and the air in my lungs (I do)

Erewhon est une chaîne d'épiceries bio de luxe à Los Angeles, connue pour ses prix délirants et ses clients célèbres.

« I put that on… » veut dire « je le jure sur… » : il jure sur ce qu'ils ont de plus sacré.

Chaque semaine c'est Monsieur Ceci et Monsieur Moi-Aussi (vrai)

Every week it's Mr. This and Mr. Me too (true)

« Mr. Me Too » est un morceau du duo Clipse avec Pharrell (2006), qui se moquait déjà des copieurs : ceux qui disent « moi aussi » à tout ce que font les autres.

Vers 63 à 72

Refrain

Dernier passage du refrain, toujours le même accueil moqueur.

Vers 73 à 79

Le « ouuh » à faire quand ils arrivent

Pour finir, RiTchie s'adresse au public et lui donne une consigne : chaque fois qu'un de ces types se pointe, faites « ouuh ». C'est le cri moqueur qu'on pousse dans une cour d'école. Le morceau se termine en blague collective.

Oh, ouais, les voilà, ouais (ouuh)

Oh, yeah, here the come, yeah (ooh)

Le texte publié dit « here the come », une coquille pour « […] ».

Ce qui reste ouvert

Le « Rocky » du vers 50 n'est pas précisé : A$AP Rocky est la lecture la plus logique dans un morceau sur la mode, mais certains y entendent Rocky Balboa ; le sens exact de « play » dans le refrain reste aussi incertain.

Seuls de courts extraits sont cités ici, pour l’analyse. Paroles complètes sur Genius ↗