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Dans le morceau

Rx Papi

12 Stout Street

Foreign Exchange · November 19, 2021

7 passagesProd. GudGenius ↗

Le morceau en quelques mots

Rx Papi règle ses comptes avec sa mère et avec la maison où il a grandi, au 12 Stout Street. Il raconte la misère, le jour où elle l'a mis dehors en choisissant son mari, puis la suite logique : la vente de drogue, le gang, les fusillades, la dépendance aux cachets. Le texte est simple et dit comme une confidence, sans effet : sa force vient de cette franchise brute et de la voix fatiguée qui le porte.

À savoir avant. 12 Stout Street est, d'après Genius, l'adresse de la maison d'enfance de Rx Papi à Rochester, dans l'État de New York. Le morceau ouvre « Foreign Exchange », album fait avec le producteur suédois Gud, où il parle sans filtre de sa santé mentale, de ses addictions et de sa mère.

À l’écoute

La batterie s'efface quand il commence à racontervers 3

Les premières secondes ont un battement régulier et des basses. Dès « Real Rx », le volume monte mais plus rien ne marque le temps : sa voix flotte, sans appui, et on a l'impression d'écouter quelqu'un qui parle tout seul plutôt qu'un rappeur sur un rythme.

Gud, un producteur suédois derrière un rappeur américain

Gud vient du collectif Sadboys (Yung Lean, Bladee) et travaille rarement avec des gens de l'extérieur. Son instrumentale est sombre, presque sans basses pendant tout le récit : rien ne vient cogner ni distraire, toute la place est laissée à la confession.

La rafale de « How the fuck »vers 21

Sept vers presque d'affilée commencent par les mêmes mots, tous adressés à sa mère. Même sans comprendre l'anglais, on entend le reproche qui tourne en boucle, comme une colère qu'il n'arrive pas à faire sortir autrement.

Le son se vide pour la dernière scènevers 54

À 1:46, le volume retombe très bas et le battement du début revient, discret. C'est précisément là qu'il raconte le cauchemar dans sa voiture et l'arme dans la bouche : le morceau se referme en murmure, sur l'adresse du titre.

Un seul souffle, sans refrain

Le morceau dure moins de deux minutes et ne s'arrête jamais pour un refrain ou un invité. Il part du réveil dans la chambre d'enfant et finit devant la même maison : on l'écoute comme une seule longue phrase qu'il fallait dire d'une traite.

Vers 1 à 3

Entrée en matière

Quelques mots avant de commencer, et la signature vocale du rappeur.

Le vrai Rx

Real Rx

Sa signature, qu'on entend au début de presque tous ses morceaux.

« Rx » est l'abréviation américaine de « ordonnance » : son nom évoque donc les médicaments.

Vers 4 à 11

Les matins d'un gamin pauvre

Il se revoit enfant : chaussures sales, mère qui pleure la nuit parce que l'électricité va être coupée. Très vite, sa seule idée est de trouver de l'argent par un mauvais coup. On lui prédit déjà la prison.

Je crois qu'on va nous couper le courant

Think the lights finna go out

Factures impayées : l'électricité va être coupée.

« Finna » = « sur le point de ».

Je pense qu'à une chose : faire un coup

Only thing on my mind is hitting a lick

« Hit a lick » : argot pour un vol, un braquage ou une combine qui rapporte vite.

Vers 12 à 19

Une maison détestée

Il nomme l'adresse et dit qu'il la haïssait. Sa mère ne lui achetait rien, alors il a tout payé en dealant et en volant. Aujourd'hui elle lui dit de tourner la page ; lui répond qu'elle n'a aucune idée de ce qu'il a traversé.

Il lui faudrait des années pour comprendre tout ça

This shit'd take a bitch years to know

« A bitch » désigne ici quelqu'un en général, très probablement sa mère : la dureté du mot dit la rancune.

J'ai pleuré dans le froid jusqu'à ce que mes larmes gèlent

I cried in the cold 'til my tears was froze

À prendre presque au pied de la lettre : les hivers de Rochester, près du lac Ontario, sont glacials, et il était dehors.

Vers 20 à 29

« Comment t'as pu me mettre dehors ? »

Le cœur du morceau : une rafale de questions lancées à sa mère. Il volait pour l'aider, et c'est elle qui l'a jeté à la rue en préférant son mari. Le reproche est d'autant plus lourd que son père a été tué : elle était tout ce qui lui restait.

Putain, je suis sorti de ta chatte et toi

How the fuck I come out your pussy and you

La crudité est voulue : il rappelle le lien le plus physique qui soit pour montrer l'absurdité de son choix.

Putain, comment tu peux me laisser à sec, sans rien ?

How the fuck you gon' leave me flat on E?

« On E » : sur le « E » de la jauge d'essence, « empty », réservoir vide.

Elle l'a laissé à plat, sans un sou.

Vers 30 à 39

Il n'a jamais voulu de cette vie

Il ose enfin dire ce qu'il a gardé pour lui pendant des années : il souhaite que cette maison brûle. Puis l'aveu le plus triste : il n'a jamais voulu dealer, il aurait été content de jouer aux jeux vidéo comme un gosse normal. À la place, le gang, et les vols qui deviennent des fusillades.

Pendant tant d'années, j'ai tenu bon

For so many years, I held it down

« Held it down » : encaisser, tenir le coup sans se plaindre.

Ton fils a fait des trucs de gang

Your son done did a gang and shit

Il s'adresse toujours à sa mère, en parlant de lui à la troisième personne, comme on annonce une mauvaise nouvelle.

Vers 40 à 51

Le frère perdu, les cachets, le manque

Il a perdu son frère et s'anesthésie aux antidouleurs, qui ne font plus effet. Les souvenirs remontent : les filles qui se moquaient de lui, son premier coup de feu. La rue lui a donné la valeur que sa mère ne voyait pas, mais il paie le prix : le manque le rend malade.

Ils ont pris mon frère, ça m'a détruit

They took my brother, that fucked me up

Tué ou emprisonné, le texte ne le dit pas.

« Brother » peut aussi désigner un ami très proche.

Perc après Perc, ça me détruit

Perc after perc, they fucking me up

« Perc » : Percocet, un antidouleur opioïde sur ordonnance, très addictif, omniprésent dans le rap américain.

Vers 52 à 57

Retour au point de départ

Il rêvait d'une Audi quand il dealait au coin de la rue. Il l'a eue, et c'est en dormant dedans qu'on l'a agressé, un pistolet dans la bouche. Où ? Devant le 12 Stout Street : même avec la réussite, cette maison reste le lieu du pire.

J'étais planté au coin de la rue à rêver d'une Audi

Stood on the block with dreams of an Audi

« The block » : le pâté de maisons où l'on vend de la drogue.

J'ai fait un cauchemar en dormant dans mon Audi

Had a nightmare sleeping in my Audi

Du rêve au cauchemar, au sens propre.

Vu la suite, c'est plutôt une vraie agression qu'un mauvais rêve, mais le texte laisse planer le doute.

Ce qui reste ouvert

Quelques points restent flous : le sens exact de « booming » (v. 11), l'identité de « Face » (v. 46), le mot « stretched » ou « stressin' » au vers 51, et si le frère a été tué ou emprisonné.

Seuls de courts extraits sont cités ici, pour l’analyse. Paroles complètes sur Genius ↗