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Dans le morceau

The Notorious B.I.G.

Suicidal Thoughts

Ready To Die · September 13, 1994

7 passagesProd. Lord FinesseGenius ↗

Le morceau en quelques mots

Biggie appelle son ami Puff Daddy en pleine nuit et lui annonce qu'il veut se tuer. Pendant un seul long couplet, il déballe tout ce qui le dégoûte de lui-même : les vols, les mensonges à sa mère, les deux sœurs qu'il a mises enceintes. Puffy essaie de le raisonner au bout du fil, mais Biggie ne l'écoute pas et le morceau finit sur un coup de feu.

À savoir avant. C'est le dernier morceau de l'album « Ready to Die » (« Prêt à mourir ») : le disque commence par une naissance et se termine par cette mort. Tout est mis en scène comme un coup de téléphone : Biggie rappe, Puff Daddy (son producteur et ami) répond entre parenthèses, avec une voix de téléphone. C'est de la fiction, mais Biggie y glisse des éléments de sa vraie vie, notamment sa mère.

À l’écoute

Un coup de fil mis en scènevers 8

Tout le morceau est un appel en pleine nuit : Biggie rappe d'une traite, et Puff Daddy lui répond dans les trous, avec une voix traitée comme si elle sortait d'un combiné. Tu entends donc deux hommes qui ne se répondent pas : l'un déroule calmement, l'autre panique de plus en plus.

Une intro presque videvers 1

Pendant la première demi-minute, le son est très bas et rien ne marque le temps : juste Puff réveillé, qui grogne et finit par s'inquiéter. On est dans une chambre la nuit, pas encore dans une chanson.

L'instru de Lord Finesse qui tombe d'un coupvers 8

Quand Biggie ouvre la bouche, le volume monte et des basses lourdes s'installent, avec un rythme qui reste discret, jamais dansant. Lord Finesse a construit cette boucle sur des samples de Brethren et de Miles Davis (« Lonely Fire ») ; elle tourne lentement, comme une pensée dont on ne sort pas.

Le rythme qui se dérobevers 30

Au moment où il dit que la pression monte, la pulsation régulière se perd alors que le son reste plein et les basses présentes. Le sol se retire sous sa voix, pile quand il avoue penser au suicide ; les fans de Genius y entendent, eux, une instru qui s'intensifie.

Le coup de feu et la voix enregistréevers 45

Biggie coupe sa phrase, un tir claque, Puff crie son nom dans le vide. Puis le volume retombe, la musique de fond change et il ne reste qu'une messagerie automatique qui demande de raccrocher : l'album se termine là, sans consolation. Les annotations de fans parlent aussi d'un battement de cœur qui ralentit.

Vers 1 à 7

Puffy réveillé en pleine nuit

On n'entend que Puff Daddy. Le téléphone le tire du sommeil, il râle sur l'heure, puis il comprend que quelque chose ne va pas chez celui qui appelle. On passe de l'agacement à l'inquiétude en quelques secondes.

Vers 8 à 15

Plutôt l'enfer que le paradis

Biggie commence presque sur le ton de la blague noire : le paradis, ce n'est pas pour lui. Il s'y imagine entouré de gens trop sages, habillé en blanc, sans sexe ni grasse matinée. C'est drôle, mais la phrase qui porte tout est déjà là : il se voit comme une merde. Puffy croit encore à un délire.

Ça n'a pas de sens que j'aille au paradis avec les petits saints

It don't make sense, goin' to heaven with the goodie-goodies

« Goodie-goodies » : les gens trop sages, les premiers de la classe côté morale.

Le mot est moqueur, un peu enfantin.

Tout en blanc, alors que moi j'aime les Timbs noires et les sweats à capuche noirs (Oh, mec)

Dressed in white, I like black Timbs and black hoodies (Aw, man)

« Timbs » : les grosses chaussures Timberland, l'uniforme de rue à New York dans les années 90, avec le sweat à capuche.

Il oppose sa tenue noire à la robe blanche des anges.

Vers 16 à 25

La mère, la honte, les deux sœurs

Le ton change : fini l'humour. Biggie fait la liste de ce qu'il a fait à sa mère, se persuade qu'elle regrette de l'avoir mis au monde, puis se demande si elle pleurerait. Il avoue ensuite le pire à ses yeux : sa compagne est enceinte, et la petite sœur de celle-ci aussi, de lui. Puffy tente de le déculpabiliser.

Je sais que ma mère regrette de pas avoir avorté, putain

I know my mother wish she got a fuckin' abortion

Le vers le plus violent du morceau : il ne dit pas qu'il veut mourir, il dit qu'il n'aurait jamais dû naître.

Quand je tétais son sein juste pour calmer ma putain de faim

Suckin' on her chest just to stop my fuckin' hunger

Il remonte au tout premier lien avec sa mère, bébé au sein, pour mesurer ce qui s'est cassé depuis.

Vers 26 à 34

L'envie de mourir dite sans détour

Biggie ne tourne plus autour : il parle de se trancher les poignets, de se tirer une balle. Il se décrit déjà mort, et content de l'être. Puffy comprend enfin que c'est sérieux et annonce qu'il arrive. Biggie, lui, pense que personne ne peut comprendre.

Me coller le Magnum sur la tempe, menacer de tirer (Tu débloques, mec, c'est quoi ce bordel ?)

Throw the Magnum to my head, threaten to pull shit (Buggin', nigga, what the fuck?)

Le Magnum est un revolver de très gros calibre.

« Pull shit » rime avec « bullshit » au vers d'avant : il fait tenir « appuyer sur la détente » dans un jeu de sons.

Et presser jusqu'à ce que le lit soit entièrement rouge (Yo, il est trop tard pour ces conneries, mec)

And squeeze until the bed's completely red (Yo, it's too late for this shit, man)

« Squeeze » : presser la détente.

Le lit rouge, c'est le lit couvert de son sang.

Vers 35 à 40

Il imagine sa mort et son enterrement

Biggie cherche des images de cinéma pour dire ce qu'il ressent, puis se voit dans son cercueil. Autour de lui, personne n'est sincère : les gens font semblant, sa compagne est soulagée. Pendant ce temps, Puffy panique, part en voiture et réclame que quelqu'un d'autre prenne le téléphone.

Tu vois, c'est un peu comme ce que le crack a fait à Pookie dans New Jack (Hein ?)

You see, it's kinda like the crack did to Pookie in New Jack (The fuck?)

« New Jack City » (1991), film sur l'épidémie de crack à New York.

Pookie, joué par Chris Rock, est un toxicomane qui décroche, rechute et en meurt. Biggie se voit happé de la même façon.

Sauf que moi, quand je passe de l'autre côté, on revient pas (Ayo, ayo, mec, je sors)

Except when I cross over, there ain't no comin' back (Ayo, ayo, man, I'm out)

« Cross over » : passer de l'autre côté, mourir.

Pookie a eu une rémission ; lui n'aura pas de seconde chance. Puffy dit qu'il quitte la maison.

Vers 41 à 46

Il n'a plus rien à dire : le coup de feu

Les phrases raccourcissent, Biggie est à bout. Il laisse un dernier message pour un ami, dit qu'il en a marre de tout le monde, puis marre de parler. Le coup part. Puffy crie son nom dans le vide.

Appelle mon pote Chic, dis-lui que j'ai plus de volonté (Ayo, allez, mec)

Call my nigga Chic, tell him that my will is weak (Ayo, c'mon, nigga)

D'après les fans, Chic serait Chico Del Vec, un proche de Biggie, membre de son groupe Junior M.A.F.I.A. « My will is weak » : ma volonté est faible ; « will » veut aussi dire testament, on peut y entendre un écho.

J'en ai marre des mecs qui mentent (Arrête ça), j'en ai marre des meufs qui me collent (Ayo)

I'm sick of niggas lyin' (Cut that), I'm sick of bitches hawkin' (Ayo)

« Hawkin' » : épier, tourner autour de quelqu'un comme un faucon (« hawk »), ici par intérêt.

Vers 47 à 48

La voix enregistrée du téléphone

Plus personne au bout du fil. Il ne reste que le message automatique de l'opérateur, froid et mécanique, qui tourne en boucle puis se coupe. L'album se termine là.

Veuillez raccrocher et renouveler votre appel

Please hang up and try your call again

C'est le message que les téléphones américains diffusaient quand un combiné restait décroché trop longtemps : le téléphone de Biggie est tombé.

Seuls de courts extraits sont cités ici, pour l’analyse. Paroles complètes sur Genius ↗