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Dans le morceau

billy woods

Babylon By Bus

Maps · May 5, 2023

9 passagesProd. Kenny SegalGenius ↗

Le morceau en quelques mots

billy woods et ses deux invités rappent depuis la route, en tournée, dans un pays qui inquiète. Ce n'est pas un récit suivi : ce sont des choses vues par la vitre et des pensées noires, reliées par le voyage, la méfiance et l'idée que le temps est compté.

À savoir avant. billy woods rappe les vers 1 à 16 et 35 à 45 ; Curly Castro et Prem Rock, le duo ShrapKnel, se partagent les vers 17 à 34. Le titre reprend un album en concert de Bob Marley, « Babylon by Bus » ; Babylone, chez les rastas, c'est le monde occidental corrompu. L'album Maps parle de la vie en tournée.

Les fils à suivre

  • La route en tournée. Le bus, les autoroutes, les bouchons, les villes traversées : tout se passe en déplacement.
  • La catastrophe autour. Boue, épidémie, disparus, armes : le monde traversé va mal.
  • Le temps compté. Il sait que rien ne dure, ni les siens ni lui.
  • Méfiance et fausses pistes. Chacun se méfie de l'hôte, des proches, des apparences.

À l’écoute

Un sample d'Aphex Twin

Kenny Segal, qui a produit tout l'album, part ici d'un morceau d'Aphex Twin tiré de « Selected Ambient Works Volume II », un disque de musique d'ambiance. C'est une matière faite pour flotter, pas pour rapper dessus : le morceau démarre en retrait, presque sans basses, avant que woods n'arrive.

Les basses entrent avec la voixvers 1

Après douze secondes d'ouverture légère, les basses arrivent pile au premier vers. woods n'a pas de refrain ni d'élan : il pose ses images une par une, et le sol se met en place sous lui au même moment.

Le creux à la fin du premier coupletvers 13

Le volume retombe au moment où woods parle des disparus affichés sur les lampadaires, du parachute emmêlé, du temps emprunté. Ce sont ses vers les plus graves, et la musique se retire juste là pour les laisser passer.

L'arrivée de ShrapKnelvers 18

Le duo invité (Curly Castro et PremRock) entre, et tout regonfle d'un coup : le volume remonte, les basses deviennent lourdes. C'est le passage le plus plein du morceau, celui où l'on est le plus secoué, après le creux qui précède.

La pulsation se défait pour le dernier coupletvers 34

Vers la fin du couplet des invités, le battement régulier (autour de 89 à la minute jusque-là) ne se laisse plus mesurer, alors que le son reste plein. woods revient donc sur un terrain moins stable, sans appui net, et le morceau s'arrête au bout de deux minutes à peine, sur son train qui ne passe plus.

Vers 1 à 5

Il part en bus, sans passagers en trop

woods part en tournée et veut que ça rapporte. Puis il regarde par la vitre un lac gelé, et passe à une danseuse qu'il lorgne aux jumelles.

Babylone en bus, et personne qui s'incruste

Babylon by bus, no tagalongs

Il traverse l'Amérique en tournée, sans traîner de parasites.

Babylone désigne ici l'Occident corrompu, et la formule reprend le titre d'un album en concert de Bob Marley.

Un Cygne noir au cul bien rebondi

Black Swan with the bubble butt

Une danseuse, vue comme une ballerine mais avec des formes.

Black Swan est un film sur une ballerine du Lac des cygnes ; le lac gelé d'avant amène l'image.

Vers 6 à 11

L'amour déborde, puis tout se salit

Il se présente en distributeur de nourriture et de drogues, puis vient un amour en déluge. Mais le décor tourne mal : boue rouge, cafard, masque de peste, et une poursuite qui finit en attente devant un portail.

C'est moi qui administre la nourriture et les médicaments

I administer the food and drugs

C'est lui qui décide de ce qu'on avale, drogues comprises.

Il détourne le nom de l'agence américaine qui contrôle aliments et médicaments ; le même mot anglais dit médicaments et drogues.

Vers 12 à 16

Il sait que son temps est compté

L'attente continue, avec la bouteille, puis il voit les avis de disparition. Alors il le dit en clair : il n'a pas beaucoup de lendemains, et il est content d'avoir embrassé les siens.

Écoute, je ne nage pas dans les lendemains

Listen, I'm not swimming in tomorrows

Il ne lui reste pas beaucoup de temps devant lui.

Juste content de les avoir embrassés, je savais que c'était du temps emprunté

Just glad I kissed 'em, I knew the time was borrowed

Il a dit au revoir à ceux qu'il aime, sans doute ses enfants.

Vers 17 à 22

Le duo trinque et surveille son hôte

Le duo entre, Curly Castro et Prem Rock. Ils trinquent chez un hôte dont ils se méfient, puis l'un des deux se vante et salue ses aînés du rap.

Pas Akata Lu Deng ; je fais l'avocat du diable, alors, qui veut jouer ?

Not Akata Lu Deng, playing devil's advocate, now who's game?

L'un des deux lance un défi ; le nom du début m'échappe.

Luol Deng est un basketteur né au Soudan, « akata » un mot nigérian pour les Noirs américains : le nom les mêle peut-être.

Vers 23 à 26

Le voyage tourne au polar parano

La scène s'ouvre comme un film, sur une autoroute. Ils se sentent piégés, et le Sud religieux et armé n'arrange rien.

Un nid de fausses pistes en pleine Ceinture de la Bible

Red herring's nest in the Bible Belt

Le Sud très religieux des États-Unis est plein de pièges.

L'anglais dit la fausse piste « hareng rouge », et le vers la croise avec « nid de frelons ».

Vers 27 à 30

Ils roulent au Texas, coincés dans les bouchons

L'un des deux rappelle son ancienneté, avec des joueurs de l'équipe de Dallas. Puis ils roulent vers un festival texan, la gorge sèche, et restent coincés dans les bouchons.

La bouche sèche sur ce chemin de Damas qui mène au festival South by Southwest

Mouth dry on that Southby road to Damascus

La route vers le grand festival texan ressemble à une épreuve qui convertit.

Sur le chemin de Damas, dans la Bible, Saul est foudroyé par une vision et devient l'apôtre Paul.

Vers 31 à 34

Ils voudraient s'envoler au-dessus des bouchons

Toujours bloqués, ils rêvent d'un hélicoptère. Puis un importun pirate leur musique, il faut filer, et la lune vue par la vitre teintée est de mauvais augure.

Pare-chocs contre pare-chocs façon K 2000, on aimerait bien avoir un Supercopter

Bumper Bumper Knight Rider, wish we had an Airwolf

Bloqués en voiture, ils rêvent de passer par les airs.

Deux séries des années 80 : K 2000 et sa voiture qui parle, Supercopter et son hélicoptère de combat.

Vers 35 à 39

Personne ne veut entendre la vérité

woods revient, glacial. Il parle d'un pays pris par surprise, s'allonge comme un mort célèbre, puis dit que les gens préfèrent le mensonge qui console. Viennent le fusil au mur et une femme maquillée comme pour la scène.

On les a pris au dépourvu le 11 Septembre

Caught 'em lacking on 9/11

L'Amérique s'est fait surprendre ce jour-là, dit avec des mots de rue.

L'expression sert d'habitude pour un rival surpris sans son arme.

Vers 40 à 45

Il soigne ses mots et ferme la ligne

Il prévient que l'approcher est risqué, et deux images de danger suivent. Puis il se vante de son écriture, par une maladie, et finit sur un train qui ne passe plus.

Dieu sauve la Reine, mais ce train-là ne s'arrête plus ici

God save the Queen, but that train doesn't stop here anymore

L'ancien monde ne passe plus, sans doute l'empire britannique.

woods a grandi en partie au Zimbabwe, ancienne colonie britannique. Le morceau s'ouvre en bus et se ferme sur un train supprimé.

Au fond

Au fond, c'est un carnet de route dans un pays malade, tenu par des gens qui ne font confiance à personne et savent que le temps leur est prêté. Sa force vient de ces images sèches où le drôle et le sinistre se touchent. Parti en bus à travers Babylone, le morceau s'arrête sur un train qui ne dessert plus la gare : l'empire non plus ne passe plus.

Ce qui reste ouvert

Vers 21 et 33 : noms que je ne situe pas. Vers 12 : attente sur place, ou test de drogue. Vers 32 : le rappeur Logic, ou une logique idiote.

Seuls de courts extraits sont cités ici, pour l’analyse. Paroles complètes sur Genius ↗