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Dans le morceau

billy woods

Pollo Rico

Church · September 30, 2022

6 passagesProd. Messiah MusikGenius ↗

Le morceau en quelques mots

billy woods colle trois choses ensemble : une amitié ou une histoire cassée dès le départ, les souvenirs de guerre de sa famille en Afrique, et une visite à l'hôpital le soir du Nouvel An, où il apporte en douce du champagne et du poulet à quelqu'un qui va peut-être mourir. Le texte est dense et avance par images sans transition ; le refrain, lui, est très simple et c'est lui qui serre le cœur.

À savoir avant. billy woods est un rappeur new-yorkais dont le père a participé à la lutte d'indépendance du Zimbabwe ; il a grandi en partie là-bas, d'où les images de guérilla et de lendemains de révolution du deuxième couplet. L'album s'appelle « Church » (église) et la religion y revient partout, souvent avec méfiance. Pollo Rico (« poulet savoureux » en espagnol) est un nom courant de rôtisserie latino aux États-Unis.

À l’écoute

Le sermon en ouverturevers 1

Le morceau commence par la voix d'un prédicateur américain des années 50, William Branham, qui demande à Dieu de chasser les démons « de ce bâtiment ». Juste après, billy woods enchaîne sur « ce truc était cassé dès le départ » : le mot « broke » passe du pasteur au rappeur, et la prière sonne tout de suite comme une promesse à laquelle il ne croit pas trop.

Le rythme qui se dérobe au dernier refrainvers 40

Quand le refrain revient après le deuxième couplet, le battement régulier s'efface pendant une quinzaine de secondes, alors que les basses restent lourdes. C'est le moment où le texte change un mot : « rien que des putes au paradis » devient « rien que de l'amour au paradis ». Le sol se retire sous la phrase la plus tendre du morceau.

Le rythme qui revient pour la répétitionvers 45

Le refrain est redit une seconde fois, et là le battement se réinstalle franchement. On peut y entendre un retour à la routine : la machine à snacks, le champagne en douce, le poulet, comme des gestes qu'on refait.

« The Finest », l'écho de MF DOOMvers 16

Le petit « The Finest » entre parenthèses dans le refrain vient d'un morceau de MF DOOM, rappeur new-yorkais culte mort en 2020. D'après les crédits c'est un extrait repris tel quel : une voix d'un autre disque qui passe en fond, comme un salut à un disparu, dans un refrain qui parle justement de paradis.

Un tempo qui ne bouge pas, des basses lourdesvers 23

L'instrumentale est de Messiah Musik, un habitué de billy woods. Pendant presque tout le morceau, le tempo reste le même (autour de 117 battements par minute) et les basses pèsent, sans montée ni explosion. Ce calme têtu rend le deuxième couplet plus dur : les corps brûlés en tas sont racontés sur le même pas que le reste, sans que la musique ne souligne rien.

Vers 1 à 2

Un prédicateur chasse les démons

On entend un extrait de sermon : un pasteur demande à Dieu de briser les forces démoniaques présentes dans la salle. Ça installe le décor : des gens affaiblis qui s'accrochent, et une prière dont on ne sait pas si elle marche.

Dieu tout-puissant, toi qui as créé les cieux et la Terre, je demande maintenant que toute puissance démoniaque dans ce bâtiment soit brisée

Almighty God, who created heavens and Earth, I ask now that every demon power in this building will be broke

Voix de William Branham, prédicateur et guérisseur américain des années 1950.

D'après Genius, l'extrait vient d'un sermon de 1954. Le « bâtiment » peut s'entendre ensuite comme l'hôpital du refrain.

Vers 3 à 12

Cassé dès le départ, et lui en coulisses

woods reprend le mot du pasteur (« broke », brisé) pour parler d'une relation ou d'une affaire foutue d'avance. Il se décrit avec des images de théâtre : celui qui attend dans les coulisses, connaît tous les rôles, mais s'en va quand ça commence. À la fin, il parle d'argent et de gens qu'on manipule facilement.

Ce truc était cassé dès le départ

This thing was broke from the jump

« Broke » reprend le « broke » du sermon : le pasteur voulait briser les démons, ici c'est l'histoire elle-même qui est brisée.

« From the jump » = depuis le début.

Mon parcours de personnage : de Rolling Loud à Shakespeare in the Park

My character arc: Rolling Loud to Shakespeare in the Park

Rolling Loud est un énorme festival de rap très grand public ; Shakespeare in the Park, du théâtre classique gratuit joué l'été à Central Park.

Il résume son évolution avec ironie : du rap de foule au théâtre pour gens cultivés.

Vers 13 à 22

Le Nouvel An à l'hôpital

Le refrain est une scène toute simple : il connaît par cœur le distributeur de l'hôpital, signe qu'il y vient souvent. Le soir du réveillon, il fait entrer en cachette du champagne, du poulet et de l'herbe pour quelqu'un. La dernière ligne laisse penser que cette personne va mourir : c'est un dernier repas, et un vœu maladroit et tendre pour l'au-delà.

Distributeur de l'hôpital, D2 c'est les Cheetos

Hospital vending machine, D2 is the Cheetos

Les Cheetos sont des chips soufflées au fromage.

Savoir le code de la touche par cœur dit sans le dire combien de fois il est venu.

Réveillon du Nouvel An, j'ai fait entrer le Clicquot en douce

New Years Eve, I snuck in the Clicquot

Veuve Clicquot, le champagne.

Vers 23 à 33

Après la révolution : le thé dans un gobelet et les corps brûlés

woods passe à la guerre d'indépendance, très probablement celle du Zimbabwe. Ceux qui se sont battus n'ont rien gagné et vivent avec les morts abandonnés en brousse. Puis vient le souvenir le plus dur : un oncle raconte, dans le noir, qu'il y avait trop de cadavres pour les enterrer.

Et ceux qui ont tiré sont rentrés chez eux boire leur thé dans des gobelets en fer-blanc

And the ones who bust they guns went home to tin cups of tea

« Bust they guns » = faire parler les armes.

Les combattants retrouvent exactement la même pauvreté qu'avant.

Vers 34 à 39

Retour à New York : le trafic, le Christ noir et le diable

On saute en Amérique, à l'époque où il entrait dans New York le cœur léger, pour acheter de la drogue. Puis il se donne les traits du Christ tel que le décrit la Bible, et promet de disparaître si le mal approche, ou d'envoyer ses ennemis de l'autre côté du miroir.

Avant, mon cœur chantait quand je traversais le vieux Goethals

My heart used to sing, crossing the old Goethals

Le Goethals Bridge relie le New Jersey à Staten Island, une porte d'entrée vers New York.

« Old » : l'ancien pont a été remplacé. Il parle d'une joie qui n'existe plus.

Vers 40 à 49

Le même refrain, mais avec de l'amour

Le refrain revient presque à l'identique. Un seul mot change à la fin : « hoes » devient « love ». La blague de pote tombe, il reste le vœu sincère.

J'espère qu'au paradis il n'y a que de l'amour

I hope it's nothing but love in paradise

Le seul mot qui change dans tout le refrain.

Après les corps brûlés du deuxième couplet, le vœu n'a plus rien d'une plaisanterie.

Ce qui reste ouvert

woods ne dit jamais qui est à l'hôpital ni de quelle guerre il parle : le mourant et le Zimbabwe sont des lectures probables, pas des certitudes, et les vers 11 et 38 gardent une part d'obscurité.

Seuls de courts extraits sont cités ici, pour l’analyse. Paroles complètes sur Genius ↗